16.05.2008

Sainte Capote, protégez-nous...

 

Correction de copies...

708700673.jpgCe matin, corriger mes paquets de copies est une vraie torture. Ca me flanque un mal de dos épouvantable et j'ai l'impression d'avoir une chappe de plomb sur les épaules. Dur dur !! Bon, allez j'y retourne... Pfffffffffffff ce que ça peut être chiant comme activité, parfois...

Prends la main que je te tends...

973350865.jpgHier j’ai vu ma psy, avec qui ça se passe très bien… Je lui ai à nouveau parlé de toi, de nous deux, de l’incapacité dans laquelle nous sommes à nous parler… Comme je lui avais dit que j’étais angoissé hier matin à l’idée de la voir en arrivant à l’hôpital, elle m’a dit que c’était normal, car parler de son intimité peut être angoissant et qu’il en allait de même pour toi. Elle a raison : ce dont je souhaite que nous parlions t’angoisse, c’est clair… C’est bien parce que tu n’as pas digéré cette vieille histoire, elle te pose un problème, elle est comme une épine dans ton pied. Tu vois, tu m’as dit d’aller voir un psy parce que j’avais un problème, et je t’ai pris au mot, parce que c’est vrai qu’en ce moment avec ma maladie et les bouleversements qu’elle provoque dans ma vie, j’ai des problèmes. Ce n’est pas une honte et j’ai besoin de ce travail sur moi-même avec ma psy et sur mon blog (où je fais allusion à toi régulièrement d’ailleurs).

Bref, tu avais raison, dans un sens. Alors moi je te dis : aie le même courage que moi et accepte de prendre ton problème à toi par les cornes, et saisis la main que je te tends, car ton psy, d’une certaine façon, c’est moi, car il n’y a qu’en me parlant que tu pourras dépasser ce qui te perturbe tant dans notre relation. Et moi il n’y a qu’avec toi que je peux me libérer de ce boulet que je traine depuis le début et que tu refuses de m’aider à me décharger. Parce qu’enfin, regarde tes réactions : refus, silence, déni, fuite, voire agressivité… Ce ne sont pas les réactions de quelqu’un qui serait clair avec lui-même, sûr de son identité. Tu n’es plus le même quand j’aborde la question, c’est bien la preuve que tu buttes sur quelque chose en toi qui n’es pas réglé. Comment peux-tu nier le fait que je t’aie dit, dés le début, que j’étais amoureux de toi ? Je me souviens parfaitement de ta réponse, dans ma chambre, au début de ce fameux été 83 : « je n’aime pas la façon dont tu m’aimes » m’as-tu répondu. Tu étais choqué, désorienté. Mais ça ne t’a pas empêché de rester mon copain cet été là, d’accepter de passer de longs moments seul en ma présence, de partager avec moi le même lit, de me tendre une perche pour avoir avec moi des rapports sexuels ce fameux soir où tu m’as demandé de te déshabiller intégralement alors que tu savais que ça allait me troubler (tu m’étonnes ! je n’ai pas oublié la vue de ton corps nu livré à mon regard et à mes mains), tu t’es offert à moi, c’est clair ; de m’enlacer tendrement un soir devant chez tes parents (on s’est frotté le nez amoureusement même, je m’en souviens parfaitement, j’ai tout gravé dans ma mémoire) puis de rester mon copain en sachant pertinemment que j’étais raide dingue de toi… Simplement, nous n’en avons jamais parlé et je traine ça comme un boulet, car il n’y a qu’en se parlant que moi je pourrai me libérer de cette vieille histoire et que toi tu pourras enfin accepter cette part de toi-même qui te fait tant fuir, parce que tu penses qu’elle remettra ta situation actuelle en cause, ce que je ne pense pas… De toute façon, il ne s’agit pas de bouleverser nos vies respectives mais simplement de faire la vérité entre nous, c’est tout.

Une chose est sûre, tu ne seras pas bien avec toi-même tant que tu n’accepteras pas de te regarder en face, de t’accepter tel que tu es. Je suis passé par cette phase de déni de moi-même dans laquelle tu es toi aussi plongé et je peux te dire que tu ne fais pas le bon choix actuellement mais je comprends que ce soit difficile pour toi. Tu te figures que tu n’es pas concerné, alors même que cela fait partie intégrante et indélébile de ton histoire, tu ne veux pas voir cette vérité en face mais mon vieux, tu es impliqué jusqu’au cou parce que ta relation envers moi n’est pas, et loin s’en faut, celle d’un simple et vague copain de lycée. Tu ne t’es jamais comporté comme ça avec moi. Tes sentiments et tes désirs transpirent de ton attitude à mon égard depuis le début.

Tu te fais du mal actuellement en refusant de mettre tout ça sur la table ; il faudra bien qu’un jour tu prennes sur toi et que tu saisisses ton courage à deux mains pour venir me parler et m’entendre ; sinon tu te condamnes à sentir en toi jusqu’à la fin de tes jours, tout au fond, un poids, une blessure. Et tu verras qu’une fois cet effort fait, tout se passera bien car s’il y a une personne avec qui tu peux faire cette démarche, c’est bien moi. Je n’ai strictement aucun reproche à te faire, je n’ai que du bien à dire de toi et tu retrouveras toute mon estime et tout mon respect si tu as le courage de cette démarche de vérité entre nous. Tu pourras alors être au clair avec toi-même, avec ta femme (***qui t’aime et qui t’acceptera comme tu es, j’en suis sûr***), et avec moi. Et tout sera à sa juste place.

Voila ce que je crois.

Ton ami, quoi qu’il arrive

15.05.2008

En chantier…

906494608.jpgDepuis plus d’un an, je suis complètement « en chantier » : tout d’abord, ma maladie m’est revenue en pleine figure et je dois m’organiser pour vivre en en tenant compte et non plus en faisant comme si je n’avais rien (ce que j’avais fortement tendance à faire les premières années) ; ensuite mon métier m’est devenu insupportable et je dois revoir complètement mon avenir professionnel, pour l’instant je suis dans un flou artistique mais bon, je fais aller, j’apprends à vivre au jour le jour sans trop me projeter ; enfin, ma maladie me renvoie à tout ce qui dans mon existence est remis sur la table, ma sexualité qui change pas mal depuis quelques mois : je ne suis plus coureur de caleçons comme j’étais (est-ce que ça va durer ? peut-être ; j’apprends à être fidèle sexuellement à mon compagnon, ce qui est chez moi une véritable révolution, et je gère mon stresse et mon angoisse autrement que par des rapports sexuels débridés) ; mes relations amicales qui sont devenues plus délicates à gérer car ma maladie rejaillit sur mon rapport aux autres et je dois apprendre à gérer ça, ce qui n’est pas évident ; enfin je suis ramené à tout ce qui dans mon passé n’a pas été réglé et que je voudrais régler dans cette période charnière que je traverse entre ma vie d’avant et cette vie nouvelle que je pressens et qui est encore à l’état d’embryon…  (re)prendre confiance en moi, (re)trouver l’assurance que je n’ai peut-être jamais eue, alors même que je suis plus vulnérable physiquement et psychologiquement du fait de ma séropositivité qui me complique tout (quel défi !), me construire de nouveaux projets, dépasser le boulet que je traine depuis 25 ans, à savoir cet ancien amour devenu affection amicale mais qui n’a jamais été mise sur la table et qui me taraude depuis le début : problème, le garçon en question n’est actuellement pas en capacité de faire face à ses propres contradictions, qui l’angoissent trop visiblement, à tout ce vers quoi cette relation ancienne le ramène, à savoir, je pense, sa bisexualité non assumée, et très probablement aussi, au vu de ses réactions totalement inattendues à mon égards – faites de refus, de fuite, de silence et de déni – vers ses sentiments et désirs pour moi… Ou bien suis-je trop prétentieux ? Peut-être, je ne suis pas sûr à 100% d’avoir raison mais c’est là la seule explication plausible à son comportement… Je ne peux pas faire grand-chose et je dois composer avec. Ma porte lui reste ouverte, on verra bien si un jour il sera capable de voir tout ça en face et d’en parler ouvertement avec moi. Seule la parole libère et permet de régler son compte au passé qui nous pèse et nous poursuit, j’en suis convaincu.

Bref, voila, sans oublier ma thèse en panne sèche actuellement mais pour laquelle j’ai décidé de ne plus me faire de mouron inutilement : pas la peine de m’empoisonner la vie avec ça ! Ni de me culpabiliser si je ne la termine pas… La priorité c’est : assumer ma subsistance par le travail que l’on m’a confié, prendre soin de ma santé, m’investir dans ma relation de couple ainsi que dans mes relations familiales et amicales, dont j’ai un grand besoin, car elles sont mon oxygène. Le reste est totalement superflu.

Envie de positiver !

1061049228.3.JPGBon, allez, hier c’était moral en berne ! Aujourd’hui est un autre jour… Je vois peut-être trop les choses en noir, en ce moment. Tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir et je me sens vivant, bien vivant, et j’ai bien l’intention de le rester car j’espère bien avoir encore de belles choses à vivre dans les années qui viennent. Je ne dois pas me laisser couler…

La vie est belle, malgré tout, même si c’est parfois une garce… Il n’y a pas que de vilaines choses dans le monde, il y a aussi de très belles raisons d’espérer. On ne les regarde pas assez.

14.05.2008

Errance…

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Image : Claude Lazar, Errance

Ce soir je me sens en pleine errance, en pleine dérive, avançant vers un avenir incertain, gris, fait d’angoisses et de doutes. Je n’ai envie de rien, je suis las de me battre, j’ai envie de me laisser aller sans me soucier de savoir vers où je me dirige. Je ne cherche que ce qui me fait du bien : mon compagnon, ma famille, mes amis… le reste, je m’en fous ! J’ai l’impression que ma vie part à vau l’eau et que je m’en fiche. Je ne suis plus celui que j’étais avant, soucieux de se construire un avenir. Mon avenir dépend de mes médicaments, de la bonne volonté de ce virus à me laisser vivre autant que possible et le mieux possible, de ceux qui, d’une certaine façon, ont pris le contrôle de ma vie professionnelle, que je ne maîtrise plus.

Vers quoi est-ce que je vais ? Vers rien de bon, rien d’enthousiasmant ni d’épanouissant, du moins est-ce mon pressentiment, peut-être est-il faux. J’ai peur de perdre ce que j’ai, enfin pas tout, mais mon moyen de subsistance, ma place dans la société. La maladie m’a dépossédé de la maîtrise de mon existence, qui était peut-être au fond, qui sait, illusoire.

Je me sens à l’entrée d’un chemin tout gris s’enfonçant dans le brouillard et cerné d’un paysage triste et déprimant, aux portes closes. Il y a quand même un rayon de soleil : celui de ceux et celles qui m’aiment et que j’aime.   

Conversation téléphonique…

600580105.JPGUne très bonne amie vient de m’appeler : après avoir réglé un petit contentieux qui couvait entre nous depuis quelques temps, nous avons pu parler de nos difficultés respectives. Ça m’a fait du bien de lui confier ce qui m’angoisse. Elle a appelé pile poil au bon moment. Je me sens mieux, soutenu, encouragé. Elle m’a dit qu’elle comprend les difficultés que j’ai à porter ce que je porte et a ajouté que si vraiment mon doctorat m’empoisonne la vie, comme c’est le cas actuellement, je ne dois pas m’en rendre malade, et si je dois un jour l’abandonner, eh bien ce ne sera pas grave. Elle a raison. J’ai tellement investi en travail dans cette foutue thèse que je n’arrive pas à m’en détacher complètement. Elle m’a dit aussi que je ne suis peut-être pas très clair sur mes objectifs, et là aussi elle a raison. Laissons le temps faire son œuvre, les choses se décanteront peu à peu et j’y verrai alors plus clair.

Déprime

1606404061.jpgAujourd’hui, je n’ai pas le moral : ma maladie, mes problèmes professionnels, le fait que je sois enfermé chez moi et pas au travail comme tout le monde, le contexte général dans lequel nous sommes plongés, tout ça fait que je me sens déprimé. Je n’ai même pas reçu de copies à corriger, ça m'aiderait pourtant à penser à autre chose. Elles arriveront probablement demain midi. Quant à la thèse, elle me fait fuir, je ne suis pas psychologiquement en état d’y travailler… Bref, je suis face à mes angoisses et j’ai un grand poids dans la poitrine. Je me sens inquiet de l’avenir, de ce qui m’attend. J’ai peur de perdre à terme ce qui me reste, à savoir mon emploi adapté et mon salaire, déjà que j’ai perdu la santé… Je suis fatigué de me battre.

Bon, enfin, ça ira mieux demain, peut-être… Je vois ma psy demain matin et j’irai faire un tour à la manif dans l’après-midi, armé de mes genouillères pour pouvoir marcher…  

13.05.2008

Un dernier billet avant d’aller fermer les yeux…

315274013.jpgCette journée a été bizarre : le repas à la délégation s’est bien passé, très sympathique comme d’habitude, mais le temps de parole qui a suivi (dont je ne peux pas révéler le contenu, c’est le principe de confidentialité qui prévaut) m’a désorienté et angoissé, j’en suis sorti plus mal que quand j’y suis entré… Bon, enfin, ce n’est pas très grave. J’ai voulu ensuite aller nager à la piscine : fermée pour nettoyage… Deuxième déception de la journée, j’aurais pourtant eu bien besoin de me dépenser un peu physiquement. Je trouve ensuite des infos très inquiétantes sur le web, démontrant une fois de plus que la démocratie fout le camp dans notre « beau pays », c’est de plus en plus « police partout, justice nulle part » et ça me déplaît au plus haut point… Je me sens de plus en plus personnellement visé par la politique ultra-réactionnaire de la droite sarkozyste : fonctionnaire, enseignant et malade, je cumule tous les défauts qui font de moi un  mauvais citoyen !!  Fonctionnaire donc fainéant ; enseignant donc toujours en grève et en vacances ; malade donc trop dépensier pour la société, je coûte trop cher ! Faudra-t-il bientôt m’éliminer, moi le fonctionnaire enseignant sidéen/séropo ? Parfois je commence à me poser sérieusement des questions ! Parano ? Vous ne l’êtes pas un peu devenus, vous, depuis un certain 6 mai ?

Allez, bonne nuit à tous et à toutes… Demain est un autre jour…

A Berlin, hommage unanime au pionnier du mouvement homosexuel

963340258.jpg En plein centre-ville de Berlin, sur le quai qui fait face à la chancellerie fédérale où la conservatrice Angela Merkel a son bureau, la ministre allemande de la Justice a participé aujourd'hui, mardi 6 mai, à l'inauguration du quai Magnus-Hirschfeld. La voie piétonne porte désormais le nom du scientifique, spécialiste de la sexualité, qui avait fondé en 1897 la première organisation de lutte contre la discrimination des homosexuels, le Comité scientifique humanitaire (WhK). La présidente de la communauté juive de Berlin et le sexologue Martin Dannecker, qui a prononcé le discours officiel, étaient également présents, aux côtés des représentants de la ville de Berlin et des associations homos, en particulier la fédération allemande gay et lesbienne (LSVD) qui était à l'initiative du baptème.

Cet hommage unanime, associant le gouvernement allemand, est un symbole fort, exactement 75 ans après la fermeture par les nazis de l'Institut de Sexologie de Berlin fondé par Magnus Hirschfeld. Le 10 mai 1933, son buste en bronze avait été fondu en même temps que les nazis brûlaient les livres. Une réplique de cette statue doit également être placée à l'entrée du quai. La LSVD a renouvelé aujourd'hui son appel aux dons pour la financer et présenté symboliquement une photo du buste d'origine. A proximité du nouveau quai Magnus-Hirschfeld, l'Allemagne dévoilera également le 27 mai prochain son monument en mémoire des victimes homosexuelles du nazisme.

Têtu

par Pierre Girard
Info du 6 mai 2008

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Film : The Cure (1995)

Il s'agit d'une belle histoire d'amitié entre deux jeunes garçons dont un est porteur du virus du Sida.

Résumé en anglais :

The Cure is a 1995 comedy-drama film starring Brad Renfro and Joseph Mazzello about two boys searching for the cure of AIDS, from which one of them is suffering. It was produced by Eric Eisner and Mark Burg, who has since gained fame as the producer behind the Saw films.
Set in a small town of Stillwater, Minnesota, Erik (Brad Renfro) is an adolescent loner with a stubborn mother (Diana Scarwid). Dexter (Joseph Mazzello) is his new next-door neighbor, who contracted AIDS through a blood transfusion. Initially, Erik is put off by Dexter, but the two soon become good friends despite their differences. Erik seeks a family in Dexter and his genial mother (Annabella Sciorra), but keeps the friendship a secret from his own mom, knowing that she won't approve. She discovers the friendship one night after Dexter's mom comes over to ask Erik about something Dexter ate. Erik's mom is furious and warns him to stay away. He doesn't listen and when the boys read an article in a tabloid about a doctor in distant New Orleans who claims to have found a cure for AIDS, they set out on their own down the Mississippi River in the hope of saving Dexter's life. They fail as they are caught by Dexter's mom when they reach New Orleans and Dexter finally starts to succumb to his disease and spends the rest of his time in the hospital. Dexter and Erik prank the doctors three times that Dexter's dead... but when they check on him in the third prank Dexter really has died. Erik attends his funeral and places one of his shoes in the coffin.


 

12.05.2008

A celui qui pourrait être mon ex…

1655358550.jpgTu n’es pas mon ex, pour la simple et bonne raison qu’il n’y a pas eu de relation aboutie entre nous. Pourtant, je découvre au bout de 25 ans que tu as, selon toute vraisemblance, éprouvé des sentiments et des désirs pour moi, comme j’en ai éprouvé pour toi : ta gêne, ta fuite, ton silence quand je souhaite t’en parler, alors que pour ma part je t’ai dès le début fait part de l’amour que j’éprouvais pour toi, puis que j’ai transformé en sincère affection amicale, sont là pour me le démontrer. Tu n’es même pas capable, toi l’homme marié, d’assumer devant moi, en me regardant dans les yeux, l’hétérosexualité à laquelle tu prétends. Inutile de te dire que l’hétéro qui ne s’assume pas, ce n’est absolument pas crédible. Je te vois désormais comme un bisexuel qui ne s’assume pas, emmuré dans sa honte et son silence, alors qu’il n’y a rien, strictement rien, de honteux. Des mecs qui vivent ce que tu vis, il y en a des milliers, des millions… Quand j’ai évoqué cette possibilité, il y a plusieurs mois, tu ne m’as pas répondu que c’était vrai ou faux, mais que c’était « déplacé ». Voilà qui en dit long !

Je suis triste que tu me refuses ta vérité et ta confiance, à moi que tu connais depuis 25 ans, et avec qui tu t’es toujours montré si chaleureux et amical pendant toutes ces années. Je ne te reconnais pas et ça me fait mal. Parce que je t’aime bien et que cela ne changera jamais. Ma porte te restera toujours ouverte (mais il faudra que l’on se parle pour se réconcilier). Tu auras toujours une issue. Libre à toi de la choisir ou non. A ta place, je m’assumerais, mais je ne suis pas à ta place.

Un certain sentiment de solitude… et un repas qui s'annonce :

1764394454.jpgMon compagnon vient de repartir pour la semaine. Après quelques jours passés ensemble, et avec nos amis, je dois dire que j’ai un peu de peine à me retrouver seul à la maison, je ressens un petite pointe d’angoisse qui devrait disparaître demain matin. Cette solitude physique en semaine me pèse parfois, alors que seul je ne le suis pourtant pas et que dans l'appartement tout me rappelle sa présence et son amour.

De toute façon, demain je vais à la délégation de Aides pour participer au repas convivial hebdomadaire, que je vais d’ailleurs préparer. Ce moment est important pour moi, ainsi que le temps de parole qui s’ensuit : malgré nos différences et au-delà de la séropositivité qui nous rassemble – séropos au VIH ou au VHC – nous apprenons à nous connaître et à nous apprécier alors qu’au départ rien ne nous rapprochait tellement nos vies sont différentes.

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Week-end au vert…

1426172862.JPGPhoto : Collonges-la-Rouge, Corrèze. 

Deux jours passés avec des amis à Collonges-la-Rouge, en Corrèze : village très sympa, une nature superbe tout autour, des amis adorables, bref, j’ai passé, en compagnie de mon chéri, un super week-end où j’ai (presque) oublié ma maladie. Presque, parce que les médicaments ne sont jamais en vacances, eux, et parce que mes jambes ne cessent de me crier de m’asseoir. Heureusement que j’ai les genouillères, qui m’aident beaucoup à supporter la station debout.

Ce matin, une amie m’envoie un article à prendre au moins avec des pincettes, qui affirme qu’il vaudrait mieux prendre un traitement pour remonter l’immunité que des antirétroviraux, qui ont un fort effet oxydant et sont très toxiques. Bon, certes je ne nie pas qu’ils le soient. Mais honnêtement, on ne soigne pas le VIH et le Sida avec des radis, sinon ça se saurait depuis longtemps. Et on en guérit encore moins ! Je ne me vois pas arrêter mes médocs de mon propre chef, alors que mes bilans sanguins sont bons : je n’ai pas envie de voir ma charge virale bondir en flèche ! Ceci dit, peut-être qu’un jour une pause thérapeutique sous contrôle sera envisageable ? J’en parlerai à mon médecin quand je le verrai, à moins que je lui envoie un email. Pour l’instant je reste fidèle à mes médocs, parce que sans eux, je ne suis pas sûr du tout que j’aurais tenu longtemps après ma pneumocystose. 2,7 millions de copies du virus et 26 T4 survivants, c’est un peu raide à remonter tout seul !

Ça me fait penser aux négationnistes du VIH/Sida, qui nient carrément son existence ; ben voyons ! J’ai affaire à eux parfois ici : ils postent leur propagande. Je les zappe et les bannit de mon blog à chaque fois, il y a des limites à ne pas dépasser… 

09.05.2008

Et si c'était toi ?

Neuf années de traitement…

194710330.jpgL’air de rien, je fais déjà partie des anciens parmi ceux qui prennent des trithérapies, arrivées en 1996… Et donc je fais aussi partie de ceux qui ont eu à souffrir des effets secondaires les plus lourds, surtout les lipoatrophies, qui sont très invalidantes. Ce traitement me pèse, non pas par la prise des médicaments en elle-même, que je respecte très bien, mais par les effets toxiques que ces médicaments ont sur mon organisme, ainsi que par la simple présence du virus qui affaiblit et fatigue beaucoup. Le temps passe et je me sens vieillir physiquement plus vite que la normale, alors que dans ma tête je me sens jeune. Pas facile à gérer, cet écartèlement entre le corps et le mental. Je voudrais être à fond, mais mon corps refuse.

Ceux qui ont commencé avec l’AZT et sont toujours parmi nous sont pour moi comme des héros rescapés d’une grande guerre. Ils ont tellement souffert… Nous sommes toujours là, et c’est une chance, certes, mais tout cela a un prix, très élevé, celui d’une vie faite de fatigue, d’angoisse pour l’avenir et de difficultés professionnelles, relationnelles et sociales. Non, être séropo, ce n’est pas plus facile aujourd’hui qu’il y a 15 ans ! La peur de la mort soudaine s’est éloignée, mais la vie est devenue souvent un fardeau.

08.05.2008

Rares voix en Egypte pour dénoncer l'emprisonnement de séropositifs

64848428.jpgLE CAIRE (AFP) 18/04/08 — Rare voix dans le désert, l'acteur Amr Waked crie au scandale que des séropositifs aient été jetés en Egypte en prison comme homosexuels "débauchés".

"Insensé qu'on puisse faire cela dans notre pays !", affirme à l'AFP ce jeune comédien à la carrière internationale qui s'était attiré les foudres des "politiquement corrects" pour avoir osé tourner en compagnie d'Israéliens.

Avec un autre jeune acteur, Khaled Aboul Naga, récemment nommé Ambassadeur de bonne volonté de l'UNICEF, il s'est engagé pour que l'Egypte regarde en face le fléau du sida.

"Il faut que cesse un amalgame absurde, stigmatisant et contraire à la lutte contre le sida", dit-il, conscient d'incarner une nouvelle génération désireuse d'en finir avec tous les tabous, du sexe à la politique.

La semaine dernière, ce sont cinq homosexuels, dont quatre séropositifs, qui ont été condamnés par un tribunal du Caire à des peines de trois ans de prison pour "débauche".

"Trois ont éclaté en larmes, et les deux autres étaient tétanisés", raconte à l'AFP Hossam Bahgat, directeur de l'ONG, Egyptian Initiative for Personal Rights (EIPR), l'une des rares à se mobiliser dans ce domaine.

Selon un article de la Loi n°10 de 1961, sont visés par le terme de "débauche" des prostitués homosexuels, ce que les condamnés n'ont pas admis. L'homosexualité n'est officiellement pas considérée comme un délit.

Sitôt arrêtés, la police les a forcés à subir des tests du sida, révélant pour certains une séropositivité. Ils avaient alors été enchaînés à des lits d'hopitaux avant de passer en jugement.

"Ils ont fait appel, mais restent en prison. Nous ignorons s'ils peuvent recevoir des soins", dit à l'AFP Wessam al-Beih, directrice Egypte du programme des Nations unies pour le sida (ONUSIDA).

Depuis octobre, sept autres homosexuels avaient été arrêtés, subissant ces tests VIH et des insultes, et avaient été menottés à des lits, indique Hossam Baghat. Trois ont été relâchés, et quatre condamnés à un an de prison.

Si la presse et la plupart des ONG locales ne s'en sont guère émues, 117 ONG de 41 pays, dont Amnesty International et Human Rights Watch, ont dénoncé les rafles et ces tests illégaux avec la complicité de médecins.

"A la différence d'autres affaires dans le passé, il ne semble pas qu'il s'agisse surtout d'une nouvelle attaque homophobe, mais plus d'une offensive anti-sida par des moyens sécuritaires", estime Bahgat.

En 2001, une rafle dans une discothèque arrimée à une corniche du Caire, le "Queen Boat", avait abouti à un procès contre 52 homosexuels. La moitié avaient été condamnés pour débauche et atteinte à l'islam.

Pour Amr Waked, "l'ignorance du sida reste abyssale avec le poids des préjugés religieux". "Ces condamnations auront pour effet de renforcer les préjugés tout en rendant plus difficile la prévention anti-sida", estime-t-il.

"Ces condamnations sont très préoccupantes, accréditant l'idée fausse que le sida n'est pas une maladie à traiter mais un crime à punir. Les gens auront peur de faire des tests volontaires" commente aussi Khaled Aboul Naga.

Interrogé par l'AFP sur le sida, Mohamed Saleh, un cheikh d'al-Azhar, la plus haute autorité islamique, n'hésite pas une seconde: "C'est une maladie envoyée par Allah pour punir les déviants sexuels !".

Pendant des années, les autorités ont nié, ou minoré à l'extrême, l'existence du sida en Egypte. Aujourd'hui encore, les estimations officielles n'ont pas fiabilité.

"La fourchette va de 2000 à 17.000 personnes vivant avec le virus, mais l'Egypte est un des pays à plus forte croissance du sida", estime Wessam el-Beih, indiquant que "80 % des femmes ont été contaminées par leur époux".

Pour Amr Waked, qui a joué dans le film "Aquarium" dans lequel la séropositivité hétérosexuelle est évoqué: "l'Egypte commence à bouger, toute une génération n'attend que cela".

Voir cet article d'Amnesty International

N'oublie pas ton parapluie !


Message à l'ami qui m'a salement lâché :

2117567299.jpgIl faut quand même que tu saches, que vous sachiez, pourquoi je vis très mal ton silence et ton rejet : parce que je suis porteur du virus du sida, que je n’en guérirai probablement jamais, et que cela me renvoie tous les jours à ma propre mort ; et que j’ai l’impression, par ton attitude, d’être déjà mort, puisque tu me donnes l’impression de ne plus exister à tes yeux…

Comment veux-tu que je vive cela sans être perturbé ?

Je sais que tu ne veux pas entendre parler de tout ça, mais moi je suis dedans tous les jours, à chaque instant, dans mon corps et dans ma tête, et ta défection, ton lâchage, sont pour moi comme une condamnation à une certaine mort.

Voila. C’est comme ça. Je t’en veux un peu, quand même, parce que je pense que je ne mérite pas ça de ta part, mais je n’en t’en veux pas trop, j’essaie aussi de te comprendre, de savoir qui est ce garçon que je croyais connaître et qui me déstabilise complètement.

J’espère que vous ne vivrez jamais ce que je vis et que vos enfants sauront s’en préserver quand ils seront grands. Vous avez un travail d’éducation à faire auprès d’eux au sujet du sida. Je compte sur vous, je suis quand même parrain d’E. et je l’aime, ainsi que ses petits frères.

07.05.2008

Protège-toi...



Vivons

966122437.jpgImage : Maitre de Philippe de Gueldre, Un transi entrainant la femme du chevalier, extrait de La Danse macabre des femmes de Martial d'Auvergne (cliquer sur l'image pour accéder à la page source)

Je viens de regarder le dernier DVD que je me suis acheté : « N’oublie pas que tu vas mourir », de Xavier Beauvois (bande-annonce visible ici) qui date de 1995, donc d’avant les trithérapies, où la mort était la seule chose promise aux séropositifs. Cette histoire, c’est le destin tragique d’un jeune homme, étudiant en histoire de l’art, qui apprend sa séropositivité lors de sa visite d’incorporation au service militaire et qui part ensuite en pleine dérive. Fin tragique, mais qu’il se choisit pour éviter de mourir du sida… Un moment lumineux dans ce film, avec une Chiara Mastroianni resplendissante, encadré par deux moments sombres et sans espoir.

C’était avant les trithérapies. J’ai la chance de vivre mais il m’arrive de me dire que je suis quelque part un imposteur, maintenu en vie artificiellement par des médicaments, alors que, en bonne logique, je ne devrais même plus être là.

De toute façon, nous sommes tous, nous les vivants, séropos ou pas, des imposteurs, qui croyons, au fond, que nous sommes éternels, alors qu’Elle nous attend tous.

Vivons et profitons de la vie, de l’aube qui se lève sur le monde, du soleil et des arbres, des oiseaux, de l’amour, du regard des autres : tout cela porte, malgré tout, une part d’éternité.

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06.05.2008

Un dossier édifiant à lire absolument : "la santé, un droit mal en point"

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Lu sur le Journal du Sida  (à lire en particulier : la politique menée contre les sans-papiers malades, les attaques contre les travailleurs sociaux et la délation encouragée dans... la fonction publique)

05.05.2008

Les pieds dans cette merde nommée "SIDA" :

Les orphelins du Sida 1 :



Les orphelins du Sida 2 :


 
Les orphelins du Sida 3 :
 

 

Foutu doctorat…

590098080.jpgCe doctorat que j’ai entrepris, je ne le supporte vraiment plus ces temps-ci… Je crois que cet après-midi, pendant ma séance avec ma psy, j’ai compris pourquoi : parce que cette foutue thèse est au confluent de mon passé et de mon avenir professionnels, qui tous les deux me font souffrir. Je l’ai entreprise parce que j’étais en congé de maladie, ne pouvant plus exercer mon métier normalement, et que j’avais besoin d’un dérivatif pour ne pas couler. Je l’ai entreprise aussi parce que j’envisageais de reprendre mon métier comme maitre de conférences en université. Or, je doute fort actuellement d’une part de décrocher un poste – ce qui est de plus en plus difficile dans ma discipline – et si par chance j’en décroche un, je doute fort surtout de ne pas avoir la santé, l’énergie pour en assurer la charge de travail. Et comme j’ai envie de bien faire mon métier, je ne souhaite pas être un enseignant au rabais.

Bref, cette thèse me rattache aux difficultés qui ont entrainé le fait que je m’y investisse, et aux difficultés que je redoute quant à ce qu’elle est censée m’apporter en termes d’avenir professionnel. Parce qu’on a beau dire, on n’entreprend pas une thèse de doctorat sur quatre, cinq ou six ans, uniquement pour la beauté du sport et la satisfaction personnelle. On a envie qu’un tel effort nous donne un ticket pour l’avenir.

Et là, je suis complètement en panne ! Je préfère me contenter du service minimum pour assurer ma subsistance : corriger les copies que l’on me demande de corriger ; actuellement mon statut professionnel c’est « correcteur au CNED » et ma foi ça me va très bien ! Tant pis pour les grandes ambitions universitaires… Cela me rassure, m’apaise. Si je pouvais signer pour terminer ma carrière comme ça, je le ferais sans hésiter, malheureusement, c’est censé n’être qu’une activité transitoire… Mais comme on ne me propose rien d’autre et que je ne peux absolument pas me permettre de démissionner et donc de me retrouver au chômage…

Stratégie d’évitement…

286364891.jpgCe matin, il pleut, il fait gris. C'est pas très motivant ! Face à l’angoisse, à la douleur physique et au stress que le document Word du Chapitre 1 de la Partie III de ma thèse a vraiment fait naitre en moi, ce qui n’est peut-être que la peur de me retrouver face à moi-même, et comme je n’ai pas encore reçu de nouvelles copies à corriger, je me suis réfugié dans une belle stratégie d’évitement… lavage du linge sale et pliage du linge lavé ! Puis je suis allé me faire un petit plaisir chez Jules où je me suis acheté quelques fringues…

Ça ne m’empêche pas de culpabiliser : ma thèse est au point mort. J’ai rédigé une bonne partie de la partie I mais la suite a beaucoup de mal à sortir ! J’ai essayé de me lancer dans les passages qui me motivent davantage mais je n’arrive pas à approfondir, j’ai le sentiment de rester à la surface des choses et pour une thèse ça ne le fait pas du tout ! Je suis fatigué de ce doctorat, qui ne m’a jamais autant gonflé qu’en ce moment !

Cet aprem, je vois ma psy. J’aimerais trouver les ressources pour me remettre au boulot sérieusement. Je ne sais pas s’il m’en reste.

Je culpabilise aussi d’être chez moi alors que mes voisins sont au boulot. J’ai quelque part un sentiment de honte, dont je n’arrive pas à me défaire. C’est idiot, parce que je n’ai pas à avoir honte. Je suis séropositif, je suis fatigué par ces neuf années de traitement et je ne peux plus exercer mon métier normalement. Je n’en ai même plus ni l’énergie ni l’enthousiasme. J’ai complètement décroché de ce boulot de prof. J’ai besoin de travailler à la mesure de mes capacités physiques et mentales, bien rétrécies depuis ces dernières années.

04.05.2008

Deux extraits du film "Jeanne et le garçon formidable"

SIDA : une épidémie comme une guerre



03.05.2008

Quelle place dans la société pour les malades ?

456778118.jpgOn a beau être en 2008, il est toujours aussi difficile socialement d’être atteint d’une maladie de longue durée, que ce soit être atteint du virus du sida ou bien d’un cancer ou de toute autre maladie grave et souvent invalidante.

Ces difficultés sociales se rencontrent d’abord dans le travail : dès que l’on est atteint d’une ALD, la vie professionnelle est bien souvent chamboulée, et jamais dans le bon sens. Etre atteint d’un cancer suppose très souvent suivre un traitement lourd, invalidant, qui laisse des traces et affaiblit la personne qui doit le subir. Les employeurs font rarement du sentiment ! Ils ne voient que leur productivité. Etre séropositif est encore plus difficile à vivre par le poids du tabou qui pèse toujours sur cette maladie. On peut encore perdre son travail, en 2008, parce qu’on est séropositif. Pourtant, tous les séropositifs ne sont pas dans l’incapacité de travailler, tout dépend de leur état de santé effectif, s’ils suivent ou non un traitement, si ce traitement a ou non des effets secondaires lourds. En ce qui me concerne, je peux affirmer que ma séropositivité, par le traitement qu’elle a entrainé, a été la cause de mon incapacité à assumer mon métier. J’ai la chance d’être dans un secteur où je suis protégé, où après une période 3 années de congé de longue maladie, qui m’a permis de garder mon salaire, j’ai pu être mis sur un poste adapté, car je sais que je n’ai plus les capacités physiques de faire cours à des classes de collégiens ou de lycéens, ce qui nécessite d’être en pleine forme et à 100% en permanence. Mais combien de personnes n’ont pas cette chance ! Si j’avais travaillé dans le privé, je me serais probablement retrouvé au chômage puis je n’aurais pu prétendre qu’à une AAH de 621€ par mois. C’est le sort de très nombreux séropositifs, malheureusement. Non pas parce qu’ils ne peuvent plus du tout travailler, mais parce que les traitements qu’ils ont suivi, comme c’est mon cas, les ont considérablement fatigués et affaiblis et qu’ils auraient besoin d’être placé sur des postes adaptés à leurs capacités physiques et psychologiques. Je me rends compte à quel point le physique et le mental sont liés. Quand notre corps est malade ou fatigué, c’est le mental qui finit par trinquer. Mais qui se soucie, dans le monde du travail, de placer les malades, séropos ou non, sur des postes adaptés ? Pas grand monde.

Dans la famille aussi le malade doit trouver une nouvelle place. Parfois les choses se passent bien avec les proches. Mais même dans ce cas là, la relation n’est plus tout à fait la même : notre famille s’inquiète, se fait du souci, et il n’est pas toujours facile de trouver la juste position vis-à-vis d’eux. Parler de sa maladie à ses proches n’est jamais facile, car on ne veut pas que leur regard change, et pourtant on voudrait aussi parfois leur faire de ses difficultés à gérer la maladie au quotidien, mais leur en parler peut générer angoisse et inquiétude. Ce qui nous est directement renvoyé et nous angoisse à notre tour. Parfois aussi, ça se passe mal et la relation familiale est brisée : c’est encore souvent le cas pour les séropositifs, qui perdent ainsi tout ou partie de leur famille. Le virus du sida fait peur, est trop connoté négativement. Il renvoie aussi à la vie sexuelle, et c’est sans doute là la plus grande source d’incompréhension.

Avec les amis, la relation est un peu différente, car ils sont moins impliqués que la famille. Personnellement, j’ai peu à peu révéler ma séropositivité à mes amis – ou plutôt à nos amis, à mon compagnon et moi-même – et je n’ai pas eu à souffrir de désertions. Là aussi j’ai eu de la chance, car de nombreux séropositifs perdent un ou plusieurs amis quand l’annonce est faite. Peut-être aussi que le milieu social, le niveau d’éducation, de culture et d’information joue un grand rôle.

Quoi qu’il en soit il n’est pas facile de parler de sa séropositivité à ses amis, même s’ils sont moins impliqués. On a toujours l’impression d’être en train de se plaindre, de pleurnicher sur son sort, et au bout du compte d’enquiquiner tout le monde, alors que ce que l’on souhaite c’est simplement communiquer sur ce que l’on vit pour se sentir pleinement accepté et surtout intégré. Mais ce n’est pas simple ! Là aussi on ne veut pas angoisser et inquiéter les autres. Surtout qu’ils ne sont pas dans notre peau, ne vivent pas les réalités que l’on vit en tant que malade et on souvent de la peine, et c’est bien normal, à saisir tout ce que ça peut impliquer concrètement. J’ai souvent envie de communiquer avec mes amis sur ma maladie mais arrive très rarement à pouvoir le faire de façon sereine et satisfaisante. Pourtant, je ne veux pas me replier sur moi-même, tout d’abord parce que ce n’est pas dans mon caractère, ensuite parce que je sais que garder pour soi les choses lourdes et difficiles n’est jamais, à mon avis, une bonne solution : porter seul le poids du virus du sida ne me semble pas envisageable. C’est beaucoup trop lourd. Alors, j’essaie de communiquer un peu verbalement, parfois, quand l’occasion se présente, et puis ce blog est aussi pour moi un excellent moyen pour faire part de ce que je vis, pour évacuer le stress, l’angoisse, l’inquiétude que je ressens souvent, ainsi que de me révéler tel que je suis, car je suis dans une phase où je ressens le besoin d’être vrai avec les autres, en particulier sur la vie sexuelle qui a été la mienne, et que j’ai vécue pendant des années dans le secret, comme une sorte de double vie avec des compartiments étanches, mais que je souhaite mettre sur la table sur ce blog, afin de retrouver une certaine unité intérieure.