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30.03.2008
Ce que je suis
Je n’irai pas jusqu’à dire que je suis fier d’être séropositif, mais en tout cas, je n’en ai pas honte. Cela peut paraitre étrange, peut-être, mais j’éprouve régulièrement le besoin de revendiquer cette part de moi-même, qui fait partie intégrante de mon identité désormais. Non pas que je m’identifie au virus, mais comme c’est un compagnon tenace, qui m’accompagne partout et se rappelle à moi en permanence, autant l’attraper à bras le corps. Et le regarder en face. C’est un peu, « je te tiens, tu me tiens par la barbichette »… C’est à qui sera le plus fort. C’est une sorte de bras de fer entre lui et moi. Parfois il a le dessus dans ma tête, mais parfois c’est moi.
J’éprouve le besoin de me revendiquer ouvertement comme homosexuel et séropositif, d’où ce blog : c’est une façon de faire la nique aux préjugés et aux idées reçues. Comme homosexuel, je m’assume ouvertement depuis un certain temps, dirons-nous, et la société a beaucoup évolué depuis mon adolescence. Dans les années 70/80, on ne s’assumait pas encore en tant qu’homo comme on peut le faire aujourd’hui. Quoiqu’il existe encore des personnes qui ont peur d’assumer cette part d’elles-mêmes, qu’elles soient bi ou homos. Je pense en connaître parmi mes amis ou anciens amis. Chacun évolue à son rythme, à sa façon, avec son éducation et son histoire. Personnellement, après avoir refusé de m’assumer en tant qu’homo pendant des années, jusqu’à l’âge de 25 ans quasiment, j’ai décidé de prendre à bras le corps cette vérité qui était en moi depuis avant mon adolescence – suis-je né homo ? Je n’en sais rien ! Comme ça, spontanément, j’aurais tendance à dire que oui, mais en fait, je n’en sais rien et peu importe ; je n’ai pas choisi de l’être, mais j’ai d’abord choisi de ne pas l’assumer ni de le vivre pleinement, pour ensuite me rendre compte que cette vérité serait toujours plus forte que moi et qu’il était vain, et destructeur, de la nier. J’ai donc décidé de lui dire oui, et de me vivre pleinement comme homosexuel : d’où le passage brutal mais salvateur à une sexualité assez… débordante. Mais libératrice, émancipatrice. Je pense que mon orientation sexuelle, sans résumer tous les aspects de ma personnalité, joue pour une grande part dans ma façon d’être avec les autres, dans mes choix de vie, dans mes goûts et ma sensibilité en général. Si je n’étais pas homo, je ne pense pas que je serais le même. J'aurais eu un autre parcours de vie. Je serais une autre personne.
M’assumer comme homo devant mes proches ne s’est cependant pas fait tout seul. Il a fallu que je rencontre mon compagnon pour le faire. Ce fut un peu difficile pour ma famille au début, je pense, mais peu à peu ils ont accepté : j’étais heureux avec ce garçon que j’avais rencontré, là-bas, de l’autre côté de l’Atlantique, et c’était ce qui comptait pour eux. Et puis est arrivé cet autre compagnon insidieux qui me colle désormais à la peau, aux tripes, à l’esprit et au corps. Et grâce à lui, ma famille et nous, nous nous sommes considérablement rapprochés. Ce qui, malheureusement, est loin d’être le cas pour tous les séropos. Il est encore fréquent que l’on soit exclu par ses proches lorsque l’on annonce sa séropositivité. J’ai de la chance, d’une certaine façon, d’avoir une famille merveilleuse. Et des amis qui le sont tout autant car je n’ai jamais ressenti d’exclusion de leur part, sauf de l’un d’entre eux, mais je pense comprendre ses raisons, sans en être sûr… Si tu me lis, toi dont je parle ici et qui te reconnaitras, sache que je t’accorde le bénéfice du doute et j’espère qu’un jour, nous pourrons en parler ouvertement. Que tu m’accepteras pleinement comme je suis, avec ce que je suis, avec cela aussi.
Le fait d’avoir dû conquérir mon émancipation de gay à la force du poignet m’aide beaucoup, je pense, à m’assumer ouvertement comme séropositif, sans pour autant le crier sur les toits. Mais j’ai pu en parler autour de moi : cependant, on n’annonce pas sa séropositivité facilement, même avec ses meilleurs amis. Ce n’est pas un sujet que l’on met sur la table entre la poire et le fromage. Il faut trouver le bon moyen, le bon moment, ce n’est pas simple. Mais au bout du compte quand on s’aperçoit que ça passe, eh bien on pousse un ouf de soulagement. C’est quelque chose de trop lourd à porter seul. Personnellement, je me sens libre de le dire à qui je veux, comme je veux, quand je veux. Quelles qu’en soient les conséquences. J’ai même pu en parler à certaines personnes dans mon boulot. Mais dans le travail, je serai toujours plus prudent et me garderai de le dire à n’importe qui. Je ne souhaite pas que des personnes mal intentionnées se servent de ma séropositivité comme d’une arme contre moi. Quoiqu’ils en seraient peut-être pour leurs frais car ils ne me déstabiliseront pas. Et au final, c’est peut-être contre eux que ça pourrait se retourner.
Il reste cependant difficile d’assumer ouvertement sa séropositivité en société, comme il était difficile de le faire de son homosexualité autrefois. D’une certaine façon, je revis là le combat que j’ai déjà vécu, mais je suis plus fort, plus serein, plus confiant. Je suis encouragé à le faire, en particulier par ce blog, par les réactions très positives de ma famille et de mon entourage.
Aujourd’hui je n’ai pas envie d’être autre chose que ce que je suis. Je ne renie rien de mon histoire, qui m’a fait tel que je suis.

14:47 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : homosexualité, séropositif, gay, affirmation, revendication




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