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31.03.2008

Mmmm le beau nageur !

1168455577.jpgBon je ne serai jamais un pro de la natation, mais j'aime bien nager et je n'y vais pas assez, cela me fait pourtant du bien de ne plus sentir mon corps souffrir dans certaines parties, surtout mes jambes et mes genoux qui ne me portent plus. Nager c'est un peu niquer le virus. Je me sens léger, mon corps revit des sensations positives et agréables. Les lipoatrophies sont une belle saloperie : on perd ses jambes, ses fesses (rester assis devient alors douloureux, je commence à m'en rendre compte, moi qui suis assis toute la journée), parfois les graisses se déplacent vers d'autres parties du corps, et ce n'est pas facile à gérer physiquement, à cause de la grande fatigue que cela génère, et mentalement, par l'image dégradée que l'on a de son corps.

D'où l'importance de s'entretenir, mais en tant que bon intello pantouflard, je ne fais pas assez de sport et c'est un tort. Allez, je prends une résolution : me remettre à la piscine régulièrement, que j'ai abandonnée ces dernières semaines. Pour le plaisir de me sentir bien. Parce que je veux avoir une bonne image de moi et qu'il est important de s'aimer soi-même.

Ayant également souffert de lipoatrophies au visage, j'ai pu bénéficier d'une opération de chirurgie esthétique prise en charge par la Sécu, à savoir l'injection d'un produit, le New Fill, dans les joues. J'ai retrouvé mes joues de bébé ! Et ça fait du bien...

Court-métrage : l'Abandon

Réalisé en 1996, ce petit film touche juste : il pose très bien la question de la responsabilité, de la confiance, du poids de l'annonce. En le voyant j'ai revécu l'annonce de ma séropositivité en 99. Le ciel qui me tombe sur la tête ! Heureusement, je n'étais pas seul, mon copain était à mes côtés.

Message de mort

1694060585.jpgLorsqu'un médecin annonce à quelqu'un sa séropositivité, c'est un message de mort qui est entendu : lorsque cette annonce m'a été faite, le médecin m'a aussitôt expliqué que des traitements efficaces existaient et que je pouvais avoir espoir. Mais je n'entendais pas cela, pour moi, Sida et VIH ne rimaient pas avec vie, espoir et avenir. Ma vie s'est arrêtée, mise en suspend pendant quelques jours, comme une sorte de sas entre l'avant et l'après.

Et aujourd'hui, malgré les trithérapies, les personnes qui s'entendent dire qu'elles sont séropositives entendent-elles un message de vie et d'espoir ? Rien n'est moins sûr, tant les gens sont encore mal informés sur le sujet, tant il y a encore un tabou sur cette maladie, et tant il y a de discriminations sociales et professionnelles.

Les femmes sont de plus en plus touchées par le VIH :

Le Magazine de la Santé de France5, excellente émission très pédagogique : 

Femmes et VIH: 3 mamans du Comité des familles à la télé

Droit à l'indifférence

2146021201.jpgLe fait que ce blog existe prouve que ce combat n'est pas achevé pour les gays et les séropos. Il existe encore des discriminations et des haines à notre encontre. 

Prenons l'exemple du mariage et de l'adoption : sur le mariage, la cause semble entendue et la société française prête à l'accepter, à hauteur de son acceptation de l'homosexualité, qui n'est cependant pas à l'abri de toute menace, l'actualité nous le rappelle régulièrement (voir plus bas). Il est légitime d'accorder le droit au mariage pour les gays qui le souhaitent afin qu'ils puissent se voir conférer les mêmes bénéfices que ceux offerts aux couples hétéros.

Quant à l'homoparentalité, en quoi le fait d'être parent impliquerait obligatoirement que ce rôle soit partagé par un homme et une femme ? La vie n'est pas un long fleuve tranquille et des personnes qui ont connu une vie de couple hétéro et qui ont eu des enfants peuvent ensuite vivre une rupture et entamer une relation homosexuelle ; c'est chose plus fréquente qu'on ne croit... En quoi deviendraient-elles alors moins parents que lorsqu'elles vivaient en couple hétéro ? L'essentiel étant que les enfants vivent dans une cellule familiale épanouie, équilibrée, ouverte aux ami(e)s des deux sexes, et à toutes les générations... Les enfants élevés dans des couples homosexuels ne sont pas plus malheureux, ni plus heureux d'ailleurs, que ceux vivant dans des couples homos. Pour leur bien il serait souhaitable de reconnaitre le plein statut de parents aux deux personnes de même sexe qui s'occupent d'eux. 

Pour que ces enfants puissent enfin vivre dans le droit à l'indifférence...  

Etre séropo, c'est savoir que l'on est mortel, comme tout un chacun, mais peut-être de façon plus aigüe, encore que... La différence n'est pas là mais dans les traitements humiliants que subissent encore trop souvent les séropositifs. 

[rappelons que la séropositivité n'est absolument plus un obstacle à la procréation, puisque des dispositifs très sûrs existent désormais] 

Pierre Seel (16 août 1923 - 25 novembre 2005)

1674327307.jpgIn memoriam Pierre Seel (1923-2005) 

Pierre Seel est né le 16 août 1923 à Haguenau en Alsace. Il grandit dans une famille bourgeoise et catholique de Mulhouse et, dès l’adolescence, Pierre vit en cachette son homosexualité dans les bois de sa ville. En 1939, il y perd sa montre et va alors porter plainte auprès de la police qui, comprenant ce qu’il faisait sur ce lieu, ajoute son nom dans le fichier des homosexuels du commissariat. Deux ans plus tard, en 1941, l’Alsace est rattachée à l’Allemagne nazie. La Gestapo trouve le nom de Pierre Seel dans le fichier et arrête le jeune homme le 2 mai, alors qu’il n’a que 17 ans. Pendant deux semaines, il est interrogé, torturé, violé. Les nazis le questionnent sur son homosexualité et sur les autres personnes dont les noms figurent sur la liste.

Puis, finalement, Pierre Seel est déporté le 13 mai 1941 au camp de concentration du Struthof à une trentaine de kilomètres de Strasbourg. Sur son pyjama, les nazis accolent la barrette bleue des religieux en raison de ses origines catholiques, à la place du triangle rose des homosexuels. Là, Pierre Seel découvre l’horreur et une humiliation sans fin. Il ne connaît pas l’aide de ses co-détenus car les homosexuels sont considérés comme des parias au sein même du camp, placé au plus bas de la hiérarchie.

Un matin, alors que tous les détenus sont rassemblés dans la cour du camp, Pierre voit arriver son ami Jo, son premier amour. Sous ses yeux plein de larmes, Jo est assassiné sauvagement par les SS qui lâche sur lui une meute de chiens. Un traumatisme qui le hantera sa vie entière.

Au mois de novembre 1941, Pierre Seel sort du camp de Struthof. Considéré comme citoyen allemand du fait de l’annexion de l’Alsace au Reich, il est envoyé au Arbeitsdienst puis incorporé de force dans l’armée allemande. Comme les « Malgré nous », il combat sur le front de l’Est et en Yougoslavie. Durant l’hiver 1944, Pierre Seel parvient à déserter. Il se livre aux Russes avant d’être accueilli par la Croix Rouge qui le ramène en France.

Mais à la souffrance des camps et de la guerre succède celle du silence. Pierre Seel ne peut raconter son histoire, raconter le motif véritable de son arrestation. L’homosexualité est condamnée en France depuis 1942 et Pierre craint les réactions familiales. Il se marie donc en 1950 et il a quatre enfants durant son mariage long de 28 ans.

Pierre Seel sort de son silence en 1982 pour réagir aux propos éminemment homophobes de l’évêque de Strasbourg qui qualifiait les homosexuels « d’infirmes ». Il publie une lettre ouverte et dévoile ainsi à sa famille son homosexualité. Dès lors, il s’engage dans un combat pour la mémoire, pour la reconnaissance de la déportation dont il a été victime avec des milliers d’autres. En 1994, il publie sa biographie avec l’aide de Jean Le Bitoux afin que son expérience ne soit pas oubliée. En France et en Europe, Pierre Seel témoigne et tente de faire reconnaître la vérité de l’histoire, malgré les refus des autorités françaises.

Son combat et son témoignage restent essentiels dans la mise au jour de cette réalité oubliée. Actuellement, Pierre Seel est le seul déporté homosexuel français à avoir témoigné.

Pierre Seel, témoin de l'horreur, parle...

  « Des jours, des semaines, des mois passèrent. De mai à novembre 1941, je vécus six mois de la sorte dans cet espace où l'horreur et la sauvagerie étaient la loi. Mais je tarde à évoquer l'épreuve qui fut la pire pour moi, alors qu'elle se passa dans les premières semaines de mon incarcération dans le camp. Elle contribua plus que tout à faire de moi cette ombre obéissante et silencieuse parmi d'autres.
  Un jour, les haut-parleurs nous convoquèrent séance tenante sur la place de l'appel. Hurlements et aboiements firent que, sans tarder, nous nous y rendîmes tous. On nous disposa au carré et au garde-à-vous, encadrés par les SS comme à l'appel du matin. Le commandant du camp était présent avec tout son état-major. J'imaginais qu'il allait encore nous assener sa foi aveugle dans le Reich assortie d'une liste de consignes, d'insultes et de menaces à l'instar des vociférations célèbres de son grand maître, Adolf Hitler. Il s'agissait en fait d'une épreuve autrement plus pénible, d'une condamnation à mort.
  Au centre du carré que nous formions, on amena, encadré par deux SS, un jeune homme. Horrifié, je reconnus Jo, mon tendre ami de dix-huit ans. Je ne l'avais pas aperçu auparavant dans le camp. Etait-il arrivé avant ou après moi ? Nous ne nous étions pas vus dans les quelques jours qui avaient précédé ma convocation à la Gestapo. Je me figeai de terreur. J'avais prié pour qu'il ait échappé à leurs rafles, à leurs listes, à leurs humiliations. Et il était là, sous mes yeux impuissants qui s'embuèrent de larmes. Il n'avait pas, comme moi, porté des plis dangereux, arraché des affiches ou signé des procès-verbaux. Et pourtant il avait été pris, et il allait mourir. Ainsi donc les listes étaient bien complètes. Que s'était-il passé ? Que lui reprochaient ces monstres ? Dans ma douleur, j'ai totalement oublié le contenu de l'acte de mise à mort.
  Puis les haut-parleurs diffusèrent une bruyante musique classique tandis que les SS le mettaient à nu. Puis ils lui enfoncèrent violemment sur la tête un seau en fer blanc. Ils lâchèrent sur lui les féroces chiens de garde du camp, des bergers allemands qui le mordirent d'abord au bas-ventre et aux cuisses avant de le dévorer sous nos yeux. Ses hurlements de douleur étaient amplifiés et distordus par le seau sous lequel sa tête demeurait prise. Raide et chancelant, les yeux écarquillés par tant d'horreur, des larmes coulant sur mes joues, je priai ardemment pour qu'il perde très vite connaissance. Depuis, il m'arrive encore souvent de me réveiller la nuit en hurlant. Depuis plus de cinquante ans, cette scène repasse inlassablement devant mes yeux. Je n'oublierai jamais cet assassinat barbare de mon amour. Sous mes yeux, sous nos yeux. Car nous fûmes des centaines à être témoins. Pourquoi donc se taisent-ils encore aujourd'hui ? Sont-ils donc tous morts ? Il est vrai que nous étions parmi les pus jeunes du camp, et que beaucoup de temps a passé. Mais je pense que certains préfèrent se taire pour toujours, redoutant de réveiller d'atroces souvenirs, comme celui-ci parmi d'autres.
     Quant à moi, après des dizaines d'années de silence, j'ai décidé de parler, de témoigner, d'accuser. »

Extrait de Moi, Pierre Seel, déporté homosexuel

Lu sur le site du Mémorial de la déportation homosexuelle 

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Save the Humans : quand les animaux décident de sauver l'espèce humaine !


Au delà de la haine

929773941.jpgLe 13 septembre 2002, trois jeunes garçons, dont un mineur, agressent François Chenu, 30 ans, dans le parc Léo Lagrange à Reims.
Ils lui écrasent le visage à coups de rangers et jettent son corps dans un lac.
Il sera retrouvé mort deux jours plus tard.
Leur procès eut lieu en octobre 2004.
Il révéla que les trois jeunes appartenaient au mouvement d'extrême droite dirigé par Bruno Mégret, le MNR, et qu'ils avaient agressé François Chenu parce qu'il était homosexuel.
Depuis ce jour de septembre 2002, une famille se bat pour mettre un peu de raison et de cohérence dans ce drame.
Jean-Paul et Marie-Cécile Chenu, les parents de François, racontent ce combat contre l'absurde et la mort dans le documentaire d'Olivier Meyrou, "Au-delà de la haine".


Le témoignage de ses parents est tout simplement celui d'une lutte pour la vie, avec les moyens qui sont à leur portée : l'écoute, l'intelligence, l'expérience vécue pendant des décennies sur les fractures de notre société, dans des engagements associatifs et religieux.
«Ce film s'est construit par étapes, explique Olivier Meyrou.
Au tout début, il y a une commande de France 5 sur l'homophobie.
Puis le projet s'est élargi à la question de l'intolérance.

Mais il ne fallait pas que ce soit un film anxiogène de plus.
Je ne voulais pas m'adresser aux tripes des spectateurs, mais à leur raison.»
Le contact avec la famille Chenu se fera d'abord par le biais de leur avocate.
«Nous étions méfiants, raconte Jean-Paul Chenu. Non pas vis-à-vis de lui, mais des médias en général.
Cinq jours après la mort de François, un journal local avait titré “Le meurtre d'un homo”.
C'était une façon de réduire François à cette identité, et de satisfaire ainsi les meurtriers puisque c'était ce qu'ils pensaient : François, pour eux, n'était qu'un homosexuel.»

Olivier Meyrou leur propose de visionner ses précédents documentaires.
La confiance s'installe.
«Il y a quelque chose d'obscène à voir une famille dans le deuil pour lui demander d'être le sujet d'un film, reconnaît le réalisateur. Nous avons donc longuement discuté pour être parfaitement d'accord sur l'objectif du film.
Le tournage a duré deux ans et demi durant lesquels nous n'avons filmé que dix-sept heures, c'est très peu.
Et pour chaque plan, je leur expliquais comment il viendrait dans le film et l'effet qu'il pourrait produire sur les spectateurs.
Nous avons vraiment fait le film ensemble.»
Toutes ces précautions ont même permis au couple d'avancer dans la préparation du procès.
«Au début, madame Chenu était animée par un sentiment de vengeance, et c'est normal. Une mère qui perd un enfant est touchée dans sa chair, il y a quelque chose d'impossible à raisonner.
Alors, c'est le père qui a décidé de réagir, pour empêcher que leur famille ne soit encore davantage détruite par ce drame.
Car ils étaient totalement perdus. Tous deux sont militants dans le secteur social et croyant.
D'un coup, toutes leurs convictions se trouvaient remises en cause.
Ils nageaient en plein néant. Se repliaient sur eux.»
Jean-Paul Chenu, éducateur social depuis trente ans, a vu ses certitudes s'effondrer : «Ces trois jeunes pouvaient être de ceux dont je m'occupe depuis des années. Comment réagir ? Que penser ? Ce fut un tremblement de terre.»

La caméra, qui arrive un an après le drame (et un an avant le procès), leur permettra de trouver des mots à mettre sur ce vertige, d'apprendre à connaître et comprendre les agresseurs.
«Olivier Meyrou nous a permis de dire les choses, explique Jean-Paul Chenu.
Il y a des proches avec lesquels il est toujours difficile de parler. Soit on nous dit que ces trois jeunes méritent la mort, ce qui est l'exact contraire de ce que l'on pense, soit la conversation nous fait revenir à ce drame et nous replonge dans la souffrance.
Il nous a fallu construire un discours qui nous permette de sortir par le haut, de ne pas nous détruire un peu plus.»
Sortir par le haut, c'est ne pas se limiter à punir et à envoyer les coupables en prison.
C'est réaliser que ces trois garçons vivaient dans un contexte social totalement délabré : chômage, absence des parents, de culture, alcoolisme, violence.
«Le MNR n'avait plus qu'à passer la voiture-balai», commente Olivier Meyrou.

Quand ils ont découvert que ces trois garçons vivaient dans un néant affectif et social, Jean-Paul et Marie-Cécile Chenu en ont tiré une leçon : le procès et la prison ne suffiront pas à les faire progresser, à leur donner un minimum d'équilibre.
La société étant incapable de les prendre en charge.
Alors, ils pouvaient, eux, faire un geste.
Par fidélité à leurs convictions et pour empêcher, peut-être, qu'ils ne recommencent.
«Ce travail ne fut pas facile, et ne sera jamais terminé, souligne Olivier Meyrou. Il y a quelque chose de cassé. Je les voyais au quotidien tenter de retisser des liens, en discutant avec leurs proches, le juge et les avocats des deux parties, en faisant émerger l'humanité qui pouvait surnager dans ce drame.
Et quand je rentrais à Paris le soir, j'entendais les discours de Nicolas Sarkozy qui s'adressait, lui, aux tripes et non à la raison.
La sœur de François me disait que de telles postures qui récupèrent la souffrance des victimes pour se concentrer sur la punition étaient une insulte à tout le travail qu'ils menaient en famille depuis des mois.»
Ce que confirme son père : «Avec ses projets de lutte contre la délinquance, Nicolas Sarkozy réduit les personnes à des étiquettes, coupables ou victimes.De la même façon que certains ont parlé de notre fils uniquement à travers son homosexualité.»

Après le procès, Jean-Paul et Marie-Cécile Chenu ont écrit aux trois garçons :

«Nous décidons de vous écrire aujourd'hui, nous les parents de François. Nous ne savons pas si vous accepterez de nous lire et, surtout, de nous répondre.
Durant ces trois jours de procès, nous vous avons regardés, écoutés, nous avons essayé de décrypter votre logique de haine sans y parvenir.
Nous avons essayé de comprendre l'engrenage qui vous a fait basculer dans l'assassinat de notre fils.
François ne vous connaissait pas.
Vous ne le connaissiez pas.
Il vous a fait confiance.
Il croyait en l'homme. Quelles que soient sa couleur, ses coutumes.
Il ne vous a pas fuis.
Il vous a dit ce qu'il pensait.
Vous l'avez massacré, par peur et par haine.
Vous avez fait basculer sa vie et les vôtres.
Vous avez nié son humanité. Vous avez trahi votre propre humanité.
 Lors du procès, nous avons découvert vos vies, vos familles, votre entourage.
Mais, surtout, nous avons entendu de votre part des mots indiquant  nous semble-t-il ­ que quelque chose bougeait en vous.
Sachez que malgré notre peine, notre souffrance, aucun désir de vengeance ne nous anime.
Justice a été rendue.
Il fallait qu'elle le soit.
Pour vous.
Pour vous rendre votre dignité d'êtres humains.
Dignité que vous aviez perdue en tuant François.
Nous savons qu'à votre tour vous subissez cette violence en prison, tournée contre vous.
C'est dans l'épreuve que vous allez pouvoir devenir des hommes, capables d'apprendre que le courage ne consiste pas à s'attaquer au faible, mais à se regarder en face.
Nous vous souhaitons d'essayer, et d'y parvenir.
Il est important d'aller de l'avant pour ne pas rester prisonnier de cette idéologie de mort : la haine de l'autre, différent de vous.
La lecture et la réflexion peuvent vous aider à vous en libérer.
François vous a montré le chemin.
Il a été le courage même.
Sans répondre à la violence, mais simplement en étant lui-même et en refusant l'humiliation.
Si vous le voulez, vous pouvez nous écrire, nous vous répondrons.»

Lu sur Sid'Aventures 

La grande hypocrisie de la hiérarchie catholique

713780594.jpgSi je m’exprime sur le sujet, c’est que j’ai de bonnes raisons pour le faire : étant passé durant quelques années, de l'âge de 19 à 25 ans, par une phase d’engagement religieux assez poussé, puisque cela m’a conduit à suivre la première année de formation du petit séminaire, en 1989/90, j’ai vécu de l’intérieur le rapport entretenu entre l’Eglise et l’homosexualité puis, ultérieurement et a posteriori, la séropositivité.

Cet engagement était sincère, profond et je ne regrette pas cette expérience qui m’a enrichi humainement, culturellement et spirituellement. J’en ai gardé depuis un certain attachement aux valeurs spirituelles, mais dans un sens un peu différent : la spiritualité ne se limite pas, et c’est heureux, au sentiment religieux, ce en quoi je suis en complète opposition avec les propos de not’président Sarkozy sur la nécessité de redonner à la religion la primauté dans l’ordre des choses spirituelles. Il n’est point besoin d’être religieux pour être spirituel. Je suis passé à une étape ultérieure et je ne m’en porte que mieux finalement. Autre émancipation !

Le fait d’être catho et homo m’a toujours posé un très gros problème : j’étais écartelé entre ma foi chrétienne et mes désirs et sentiments profonds que ladite foi venait contredire, confortée en cela par la position de la hiérarchie de l’Eglise catholique. J’ai donc vécu dans une abstinence quasi-totale pendant ces années là, compensée par une pratique solitaire mais fort saine dans ce cas de figure et qui m’a probablement aidé à ne pas péter les plombs. Me réfugier dans la foi était pour moi, sans doute, une façon de refuser de me regarder en face, d'accepter cette part de moi-même qui m'encombrait et que je croyais pouvoir fuir. Mais comment ne pas aussi constater l'hypocrisie de la part de l'Eglise lorsqu'elle ose affirmer que ce ne sont pas les homosexuels qu'elle rejette, mais l'homosexualité : comment peut-on dire que l'on accepte l'autre dans ce qu'il est si on refuse de reconnaître sa part la plus intime, ses désirs les plus intenses et ses amours les plus profonds ?

C’est au séminaire que le conflit a éclaté au grand jour en moi et dans mes rapports avec les autorités de la maison, que l’abcès a enfin été percé. J’étais perçu comme une personne ayant un problème psychologique qu’il fallait soigner psychiatriquement. Ayant une forte personnalité et l’habitude de ne pas laisser les autres me dicter ma conduite, le clash était inévitable. L’année s’est mal passée, je suis entré en conflit avec les prêtres de l’équipe qui nous encadrait, et j’ai fini par claquer la porte et depuis je ne le regrette pas : qu’aurais-je été faire dans cette galère ? Je n’y aurais été ni heureux, ni épanoui ! Comment prétendre alors aider les autres à s’épanouir sur les chemins du Seigneur ? Belle hypocrisie ! Je ne me suis plus vu dans ce rôle-là. Et quand on sait comment certains psys officiels de l’Eglise catholique se comportent, comme Tony Anatrella par exemple, impliqué dans une sombre affaire de masturbation de séminaristes, je me dis que ma décision était, c’est certain, la plus sage, la plus raisonnable et la plus saine que je puisse prendre… Pourtant, ce ne sont pas les homosexuels qui manquent dans les séminaires et dans le clergé… Où du moins qui manquaient, puisqu’il semble que l’Eglise de Benoit XVI, autrement connu sous le nom de Joseph Ratzinger, ait entrepris depuis de purger les séminaires de leurs homosexuels, ce qui, au bout du compte, évitera à bon nombre de jeunes gens de se fourvoyer dans une voie qui, à mon humble avis, ne mène qu’à la frustration et au non-épanouissement. Et si tous les homos qui en font partie quittaient le clergé, il ne resterait pas grand-monde, j’exagère à peine…

Bref, vaste hypocrisie que ce refus de l’homosexualité de la part d’une Eglise qui prétend être « experte en humanité » mais qui, sur les questions sexuelles tient des discours aberrants. Comment en effet peut-on croire que le sexe ne sert qu’à procréer, et pas avant toute autre chose à donner, se donner et recevoir du PLAISIR ? Ah ce mot ! Qu’a-t-il donc de si effrayant, alors qu’il se réfère à ce que Dieu lui-même, dans Son infinie sagesse, et surtout s’Il existe, a placé dans l’ordre naturel des choses… Donc, le sexe ne coïncide pas nécessairement avec procréation. Tout comme il ne coïncide pas plus de façon obligatoire avec amour, puisqu’il peut fort bien, et c’est heureux, y avoir amour sans sexe, et sexe sans amour : pourquoi dis-je que c'est heureux ? Parce que l'être humain a des pulsions naturelles qui ne sont pas malsaines quand elles sont vécues librement, de façon consentie, entre adultes consentants. Même sans amour le sexe peut être, oui, beau, noble, sain et épanouissant. Le sexe est ce que l'on en fait. Notre experte en humanité se trouve donc plutôt à côté de ses pompes. Depuis que j’ai compris cela, je ne m’en porte que beaucoup mieux, et si j'ai attrapé le virus du Sida par voie sexuelle, je considère cela non pas comme une punition mais comme un accident de la vie.

Malheureusement, cette façon de voir les choses a une conséquence dramatique directe : l’interdiction du préservatif dans le discours officiel vaticaneux. Fort heureusement il y va de l’Eglise comme des partis politiques, la base vaut beaucoup mieux que le sommet de la pyramide et tient, elle, un autre discours, bien plus sensé et raisonnable. Mais chut ! Elle ne doit pas le dire trop fort sinon : pan sur les doigts ! le pire est que l’Eglise Catholique, mais aussi certaines autres Eglises, protestantes celles-là – sans oublier l’Islam et le Judaïsme – préfèrent voir l’épidémie de VIH/Sida continuer ses ravages, en particulier en Afrique, que de faire la promotion du préservatif pendant l’homélie de la messe de 11h du dimanche, ce qui devrait être pour elle, la Grande Donneuse de Leçons, un devoir moral prioritaire…

Comme j’ai eu raison de ne pas rester sur cette voie qui était devenue pour moi impraticable, puisque j’étais considéré comme un déviant, et qui ne m’aurait conduit qu’à être malheureux. Rien de pire qu’un prêtre malheureux qui vit dans l’hypocrisie et le mensonge, cherchant sous le manteau – ou plutôt sous la soutane – les plaisirs interdits qu’il va chercher dans les pissotières des aires de repos des autoroutes… Ou qui, beaucoup moins sordide mais guère plus enviable, vit une histoire d’amour secrète avec un homme, alors que tous ses paroissiens le savent mais font silence, le laissant vivre dans le non-dit ce qu’il brûle de proclamer haut et fort.

Merci bien, mais ce n’était décidément pas pour moi et non, rien de rien, non, je ne regrette rien.

30.03.2008

Ce que je suis

364947633.JPGJe n’irai pas jusqu’à dire que je suis fier d’être séropositif, mais en tout cas, je n’en ai pas honte. Cela peut paraitre étrange, peut-être, mais j’éprouve régulièrement le besoin de revendiquer cette part de moi-même, qui fait partie intégrante de mon identité désormais. Non pas que je m’identifie au virus, mais comme c’est un compagnon tenace, qui m’accompagne partout et se rappelle à moi en permanence, autant l’attraper à bras le corps. Et le regarder en face. C’est un peu, « je te tiens, tu me tiens par la barbichette »… C’est à qui sera le plus fort. C’est une sorte de bras de fer entre lui et moi. Parfois il a le dessus dans ma tête, mais parfois c’est moi.

J’éprouve le besoin de me revendiquer ouvertement comme homosexuel et séropositif, d’où ce blog : c’est une façon de faire la nique aux préjugés et aux idées reçues. Comme homosexuel, je m’assume ouvertement depuis un certain temps, dirons-nous, et la société a beaucoup évolué depuis mon adolescence. Dans les années 70/80, on ne s’assumait pas encore en tant qu’homo comme on peut le faire aujourd’hui. Quoiqu’il existe encore des personnes qui ont peur d’assumer cette part d’elles-mêmes, qu’elles soient bi ou homos. Je pense en connaître parmi mes amis ou anciens amis. Chacun évolue à son rythme, à sa façon, avec son éducation et son histoire. Personnellement, après avoir refusé de m’assumer en tant qu’homo pendant des années, jusqu’à l’âge de 25 ans quasiment, j’ai décidé de prendre à bras le corps cette vérité qui était en moi depuis avant mon adolescence – suis-je né homo ? Je n’en sais rien ! Comme ça, spontanément, j’aurais tendance à dire que oui, mais en fait, je n’en sais rien et peu importe ; je n’ai pas choisi de l’être, mais j’ai d’abord choisi de ne pas l’assumer ni de le vivre pleinement, pour ensuite me rendre compte que cette vérité serait toujours plus forte que moi et qu’il était vain, et destructeur, de la nier. J’ai donc décidé de lui dire oui, et de me vivre pleinement comme homosexuel : d’où le passage brutal mais salvateur à une sexualité assez… débordante. Mais libératrice, émancipatrice. Je pense que mon orientation sexuelle, sans résumer tous les aspects de ma personnalité, joue pour une grande part dans ma façon d’être avec les autres, dans mes choix de vie, dans mes goûts et ma sensibilité en général. Si je n’étais pas homo, je ne pense pas que je serais le même. J'aurais eu un autre parcours de vie. Je serais une autre personne.

M’assumer comme homo devant mes proches ne s’est cependant pas fait tout seul. Il a fallu que je rencontre mon compagnon pour le faire. Ce fut un peu difficile pour ma famille au début, je pense, mais peu à peu ils ont accepté : j’étais heureux avec ce garçon que j’avais rencontré, là-bas, de l’autre côté de l’Atlantique, et c’était ce qui comptait pour eux. Et puis est arrivé cet autre compagnon insidieux qui me colle désormais à la peau, aux tripes, à l’esprit et au corps. Et grâce à lui, ma famille et nous, nous nous sommes considérablement rapprochés. Ce qui, malheureusement, est loin d’être le cas pour tous les séropos. Il est encore fréquent que l’on soit exclu par ses proches lorsque l’on annonce sa séropositivité. J’ai de la chance, d’une certaine façon, d’avoir une famille merveilleuse. Et des amis qui le sont tout autant car je n’ai jamais ressenti d’exclusion de leur part, sauf de l’un d’entre eux, mais je pense comprendre ses raisons, sans en être sûr… Si tu me lis, toi dont je parle ici et qui te reconnaitras, sache que je t’accorde le bénéfice du doute et j’espère qu’un jour, nous pourrons en parler ouvertement. Que tu m’accepteras pleinement comme je suis, avec ce que je suis, avec cela aussi.

Le fait d’avoir dû conquérir mon émancipation de gay à la force du poignet m’aide beaucoup, je pense, à m’assumer ouvertement comme séropositif, sans pour autant le crier sur les toits. Mais j’ai pu en parler autour de moi : cependant, on n’annonce pas sa séropositivité facilement, même avec ses meilleurs amis. Ce n’est pas un sujet que l’on met sur la table entre la poire et le fromage. Il faut trouver le bon moyen, le bon moment, ce n’est pas simple. Mais au bout du compte quand on s’aperçoit que ça passe, eh bien on pousse un ouf de soulagement. C’est quelque chose de trop lourd à porter seul. Personnellement, je me sens libre de le dire à qui je veux, comme je veux, quand je veux. Quelles qu’en soient les conséquences. J’ai même pu en parler à certaines personnes dans mon boulot. Mais dans le travail, je serai toujours plus prudent et me garderai de le dire à n’importe qui. Je ne souhaite pas que des personnes mal intentionnées se servent de ma séropositivité comme d’une arme contre moi. Quoiqu’ils en seraient peut-être pour leurs frais car ils ne me déstabiliseront pas. Et au final, c’est peut-être contre eux que ça pourrait se retourner.

Il reste cependant difficile d’assumer ouvertement sa séropositivité en société, comme il était difficile de le faire de son homosexualité autrefois. D’une certaine façon, je revis là le combat que j’ai déjà vécu, mais je suis plus fort, plus serein, plus confiant. Je suis encouragé à le faire, en particulier par ce blog, par les réactions très positives de ma famille et de mon entourage.

Aujourd’hui je n’ai pas envie d’être autre chose que ce que je suis. Je ne renie rien de mon histoire, qui m’a fait tel que je suis.

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