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04.04.2008

En mémoire de ceux qui sont morts...

305421542.jpgJe ne m’en rends pas toujours compte, mais je reviens de loin. Je pense aux millions de personnes à travers le monde qui n’ont pas eu ma chance et à celles qui ne l’ont pas aujourd’hui, de pouvoir se soigner et qui sont décédées et qui meurent encore aujourd’hui du Sida.

Oui, je reviens de loin, d’abord parce que je me suis trouvé en stade sida avec seulement 26 T4 survivants, autant dire plus aucune immunité. Sans les médicaments, serais-je encore ici 9 ans plus tard ? J’en doute !

Je reviens de loin aussi parce que si j’avais vécu une vie sexuelle débridée dans les années 80, comme le jeune Manu du film les Témoins, eh bien j’aurais bien pu le chopper ce foutu virus, et le chopper en 1984 ou 1985, mes premières années de fac, c'était aller vers une mort probable.

Nous qui vivons aujourd’hui avec le VIH et qui bénéficions des traitements, nous sommes en quelque sorte des survivants, et je me dis parfois qu’un poilu qui avait survécu à la Grande Guerre ressentait peut-être, mais je n’en sais rien je me trompe peut-être, un sentiment proche de celui qui peut nous animer – qui m’anime moi en tout cas, je ne veux pas non plus m’avancer pour les autres. Nous avons gagné une bataille, nous sommes des anciens combattants, d’une certaine manière, mais la guerre, elle, continue. Pas de vaccin en vue. Et notre bataille personnelle contre le virus est-elle définitivement gagnée ? Non, je ne le pense pas, parce que nous luttons contre lui à chaque instant. Souhaitons que nos traitements restent efficaces et que nous puissions continuer à nous soigner.

25 millions de personnes sont mortes du sida entre 1981 et 2006. 2,1 millions sont mortes en 2007. Ces chiffres sont froids et ne disent rien de la vie des ces personnes, qui elles furent, qui elles laissent, quelle trace il restera d’elles et de leur passage parmi nous. Je pense en particulier à Pascal, décédé en 1996, dont j'ai croisé la route, que je connaissais peu mais à qui je pense régulièrement.

Vous qui me lisez pensez à ceux qui ne sont plus là et prenez soin de vous et des autres. Prendre soin des autres est peut-être encore plus difficile que prendre soin de soi. Parce que l’autre nous semble plus éloigné, parce que nous ne nous sentons pas forcément directement concernés par son sort, mais au fond, nous sommes tous reliés les uns aux autres. Le fil est mince, ne le brisons pas.

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