« Mon médecin est adorable | Page d'accueil | Absence (à l'ami qui me tourne le dos) »

24.04.2008

Cette part de moi-même qui reste incommunicable

856603422.JPGQuoi que je fasse, il reste toujours au fond de moi une part incommunicable de ce que je vis au quotidien en tant que séropo. Et c’est cette part là qui est douloureuse et qui me pèse, car je dois la porter tout seul, et c’est souvent très lourd. Elle me fait ressentir une grande solitude face à ma « maladie ». Parfois, j’ai l’impression cependant de communiquer un peu de cette part à certaines personnes de mon entourage, à mon compagnon ou bien à tel ou telle ami(e). Mais je reste toujours sur un goût d’inachevé : ce que je vis est tellement intime, tellement spécial, qu’il est impossible de le confier de façon totalement satisfaisante ; je ne peux qu’en transmettre des bribes. Mais finalement, ne sommes-nous pas tous dans cette situation ? Je crois que simplement, le fait d’être séropo donne beaucoup plus de relief, de poids et de présence aux difficultés que nous ressentons tous, comme si notre VIH nous tendait en permanence un miroir que l’on ne pourrait fuir et qui nous empêcherait de nous réfugier dans des faux-semblants et de vaines échappatoires. Etre séropo nous oblige à vivre, peut-être, de façon plus exigeante, plus vraie, avec nous même et avec les autres, ce qui est forcément douloureux quelque part mais aussi, heureusement, source de bonheur et de joie. C’est vraiment une « maladie existentielle » car elle nous ramène sans cesse à ce que l’on voudrait fuir : notre propre mort. J’ai parfois la sensation que ma vie m’échappe, que je ne la contrôle plus et qu’il m’est impossible de trouver un subterfuge pour me faire croire à moi-même que je la maîtrise encore.

Ecrire un commentaire