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30.04.2008

Ambigüité...

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Je sens bien que je suis toujours dans une position très ambiguë par rapport à mon entourage : j’ai envie d’être considéré à la fois comme une personne dans la pleine capacité de ses moyens, intellectuels surtout, mais aussi comme une personne atteinte, blessée, en difficulté par rapport à la mise en œuvre physique de mes possibilités intérieures, étant donné que mon corps ne suit plus ma volonté. Et j’ai envie qu’on tienne compte de cet état qui est le mien, non pas pour qu’on s’apitoie sur mon sort, mais pour qu’on ne fasse pas comme si de rien n’était, car je sais qu’il n’en est rien et que ce serait me mentir et mentir aux autres. Je ne suis plus en bonne santé même si je ne suis pas franchement malade. C’est une donnée incontournable, qui me revient en pleine figure plusieurs fois par jour. Je suis maintenu artificiellement en vie par des médicaments, je ne devrais même plus être là, quelque part j’ai le sentiment de tricher. Pourquoi des millions sont-ils morts et meurent encore de cette maladie qui est la mienne, et moi suis-je encore vivant ? Quelque part, c’est injuste.

Je désire des choses contradictoires : par exemple, aller au bout de mon projet professionnel (être prof de fac) mais également échapper à cette peau de prof qui m’emprisonne – et qui finalement m’a peut-être toujours pesé –  et à mes limites physiques, consécutives à ma maladie et qui me rendent le travail d’autant plus pénible et douloureux. La maladie, la vraie, rend le travail problématique, enfin je pense. Il n’est d’ailleurs pas facile pour moi de faire la part de ce qui relève effectivement de mes difficultés issues de ma séropositivité et de celles qui ne sont pas en rapport avec cette affection définitive, et que je ressentirais probablement même si je n’étais pas séropo. Simplement, ma maladie m’y renvoie de façon plus brutale, sans que je puisse échapper à mes propres contradictions.

J’aimerais parfois être carrément malade, et plus dans cet entre-deux marécageux, afin d’être pleinement traité et reconnu comme tel. Ou alors, carrément en bonne santé, ce qui est beaucoup moins probable : j’ai plus de « chances » d’être franchement malade que d’être franchement bien-portant. Ce virus me tire vers la maladie et vers la mort, pas seulement physique mais aussi sociale ; mais ma volonté, elle, me pousse vers la vie, vers l’espérance, vers le soleil ; j’ai envie de faire un magnifique doigt d’honneur au VIH, au Sida, à la mort. Il y a en moi un côté lunaire et un côté solaire. Je suis toujours à cheval sur les deux. Bon, peut-être que ces derniers temps je penche plus vers mon côté lunaire. Le jour où je me recoltinerai pour de bon à mon doctorat, comme je l’ai fait d’août à janvier derniers, le côté solaire l’emportera de nouveau. Chaque chose en son temps. Vous allez me dire : « cesse de penser à ta maladie, et vis ! » Ben ouais, je voudrais bien, mais c’est loin d’être aussi simple, voyez-vous… Le VIH est un virus très cérébral chez moi. Sans doute parce que je suis un cérébral. Je le vis donc de cette manière parce que je ne sais pas le vivre autrement.   

J’ajouterai que le regard que portent mes amis sur moi, porteur du virus du sida, et qui le savent tous car je voulais qu’ils le sachent, occupe mes pensées à plein temps. Je me sens souvent différent d’eux, mais également si proche… Et je les aime encore plus.

Commentaires

Bonjour !

Qu'on ne s'apitoie pas sur ton sort mais qu'on ne fasse pas comme si de rien n'était... En effet. Faire comme si de rien n'était serait nier une partie de toi, car cette maladie fait partie de toi. Je n'ai pas envie de nier ce que tu es. Tu es malade, oui. Mais tu es en vie. C'est bien là le plus important même si je comprends bien la naïveté de cette phrase. Tu l'écris d'ailleurs, anticipant sur d'éventuelles réponses qui te diraient de ne plus être obnubilé par ta maladie et de penser à la vie.

Ce n'est pas facile de trouver les mots, surtout quand il s'agit juste d'écrire sans pouvoir y associer les émotions ou les sentiments d'un dialogue réel. Ce n'est pas facile pour moi, qui ne connait rien de ta maladie au quotidien, de trouver les mots qui pourraient t'apporter un petit réconfort. Tu traverses une période délicate, un petit coup de blues. Que te dire ? Que t'écrire pour te rebooster ? Je l'avoue, je ne sais pas. Je ne peux que t'assurer de mon amitié virtuelle. Suis ta volonté qui te pousse vers la vie et l'espérance. Ecoute-là et laisse la te porter.

Bises

Ecrit par : ELN | 01.05.2008

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