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05.05.2008
Foutu doctorat…
Ce doctorat que j’ai entrepris, je ne le supporte vraiment plus ces temps-ci… Je crois que cet après-midi, pendant ma séance avec ma psy, j’ai compris pourquoi : parce que cette foutue thèse est au confluent de mon passé et de mon avenir professionnels, qui tous les deux me font souffrir. Je l’ai entreprise parce que j’étais en congé de maladie, ne pouvant plus exercer mon métier normalement, et que j’avais besoin d’un dérivatif pour ne pas couler. Je l’ai entreprise aussi parce que j’envisageais de reprendre mon métier comme maitre de conférences en université. Or, je doute fort actuellement d’une part de décrocher un poste – ce qui est de plus en plus difficile dans ma discipline – et si par chance j’en décroche un, je doute fort surtout de ne pas avoir la santé, l’énergie pour en assurer la charge de travail. Et comme j’ai envie de bien faire mon métier, je ne souhaite pas être un enseignant au rabais.
Bref, cette thèse me rattache aux difficultés qui ont entrainé le fait que je m’y investisse, et aux difficultés que je redoute quant à ce qu’elle est censée m’apporter en termes d’avenir professionnel. Parce qu’on a beau dire, on n’entreprend pas une thèse de doctorat sur quatre, cinq ou six ans, uniquement pour la beauté du sport et la satisfaction personnelle. On a envie qu’un tel effort nous donne un ticket pour l’avenir.
Et là, je suis complètement en panne ! Je préfère me contenter du service minimum pour assurer ma subsistance : corriger les copies que l’on me demande de corriger ; actuellement mon statut professionnel c’est « correcteur au CNED » et ma foi ça me va très bien ! Tant pis pour les grandes ambitions universitaires… Cela me rassure, m’apaise. Si je pouvais signer pour terminer ma carrière comme ça, je le ferais sans hésiter, malheureusement, c’est censé n’être qu’une activité transitoire… Mais comme on ne me propose rien d’autre et que je ne peux absolument pas me permettre de démissionner et donc de me retrouver au chômage…
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Commentaires
Bonjour Collègue,
C'est par hasard que j'ai trouvé l'adresse de ton blog sur les forums de Sida Info Service.
Je suis moi aussi "correcteur au CNED" pour les mêmes raisons que les tiennes, depuis la rentrée de septembre, après deux années de congé de longue maladie fractionné qui m'ont permis de sortir en douceur d'une activité professionnelle normale, en exerçant à mi-temps.
Je n'ai pas encore pris connaissance de ton blog. Il est un peu tard ce soir. Je ne manquerai pas de le faire et de te donner de mes nouvelles à moins que tu ne me précèdes.
Ecrit par : profdelettres | 07.05.2008
Rectification :
Dans le post précédent, j'ai déclaré que j'étais "moi aussi "correcteur au CNED" pour les mêmes raisons que les tiennes".
En flânant sur ton blog, je me rends compte que j'ai sans doute été un peu rapide.
En effet, je ne suis pas sous traitement. Ma contamination remonte à l'année 2004. Mes CD4 sont encore très élevés, plus de 600 ; ma charge virale est modérée, autour de 20 000 copies. Je n'ai pas de lipo- atrophies ou dystrophies. Je ne suis pas "marqué". Bref, je vais bien ? Qu'est-ce que je fous au CNED ?
Tu remarqueras également que je ne suis pas passé par la case "Congé de Longue Durée" mais directement d'un aménagement de poste à la case "travail à domicile", "poste adapté de longue durée", pour au moins quatre ans, comme tu le sais.
Je suis titulaire de la carte d'invalidité et de la RQTH, catégorie C, "handicap grave et définitif". La MGEN me finance pour moitié cinq heures hebdomadaires d'aide à domicile.
Dans ton blog, tu questionnes le statut de malade séropositif que tu compares à d'autres malades, cancéreux notamment. Tu cites également les résultats d'une recherche qui tentent d'établir une typologie des séropositifs au vih. Ce n'est pas la première, tu le sais.
C'est que les connaissances sur la maladie évoluent constamment ainsi que les stratégies de prise en charge et que tout cela fait constamment bouger les lignes.
Il y a deux jours, accoudé au bar d'un établissement gay, j'avais une conversation discrète avec une connaissance gay qui m'avait informé un jour qu'il était séropo. Il avait besoin d'en parler. Je lui inspirais confiance. Je n'ai jamais dit que j'étais séropositif au vih. Il y a deux jours donc, alors qu'on parlait du vih, cette connaissance m'a déclaré tout de go qu'il était "porteur sain" parce que ses cd4 étaient stables à 600 et que sa charge virale tournait autour de 25000 copies.
En moi, je me suis dit que j'avais à peu près les mêmes constantes et que franchement je ne me sentais pas vraiment "sain". D'ailleurs cette connaissance se rendait-elle elle-même compte de son état ? En arrêt maladie depuis un an, opéré récemment des intestins et de l'anus, temporairement incontinent... Pourtant si jeune encore. Et, réaffirmait-il, pas question de prendre un traitement, pas avant d'avoir atteint 350 cd4.
Voilà, me suis-je dit, une conception très particulière de la santé. Mais c'est celle que j'avais moi-même encore il y a quelques mois. On n'est malade du vih qu'à partir du moment où on prend un traitement. Avant cela, on est encore "sain", pas malade, comme les autres.
Illusions ! Je sais maintenant que dès que le virus a pénétré dans mon organisme, j'ai quitté le statut de bien-portant pour rejoindre celui de malade. Tout cela s'est fait insidieusement, subrepticement, sournoisement. On pourrait comparer l'effet du virus sur l'organisme à celui provoqué par l'amiante. Au début, rien de visible. Tout va bien. En tout cas, c'est ce qu'on croit.
C'est d'ailleurs ce que croyait le professeur qui m'a pris en charge en 2004. "Etant donné vos constantes, il va s'écouler de nombreuses années avant qu'on ne mette en oeuvre un traitement.", m'avait-elle optimistement annoncé.
Et puis, un an plus tard, et les deux années suivantes, patatras. Des résultats invraisemblables. Un diabète important qui se déclare, des troubles cardiovasculaires, des neuropathies et même un accident vasculaire cérébral notamment. Et pourtant, toujours des résultats biologiques très bons : des CD4 au-dessus de 600 et même une charge virale en baisse, en-dessous de 20 000 copies. Aucun antédécent familial capable d'expliquer ces désordres. Un équilibre de vie satisfaisant. Une seule raison : le vih.
Fin des illusions. Le sida, ce n'est pas comme la vie. Il n'y a pas différents stades par lesquels on passerait comme on passe par l'enfance, l'adolescence, l'âge adulte, la vieillesse et la mort. A tout moment, avec le sida, c'est la mort qui guette quel que soit le stade de la maladie que l'on a atteint, même le premier.
Ecrit par : profdelettres | 07.05.2008
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