20.01.2009
Il faut que cela se sache !

Aides, par l’intermédiaire du site Seronet, site destiné aux personnes séropositives, et soi-disant solidaire, qu’elle parraine officiellement, permet aux tenants du barebacking (pratiques sexuelles non protégées, et revendiquées comme telle, et surtout la sodomie, impliquant au moins une personne séropositive) qui s'y expriment d’avoir pignon sur rue et d’afficher sans complexes leurs pratiques, sans jamais recadrer leurs prises de position.
Ce qui me gêne surtout en l’occurrence ce n’est pas tant que des personnes aient des pratiques de pénétration anale non protégées revendiquées, bien que cela m’inquiète et m’interroge fortement surtout si elles sont séropositives, mais que AIDES, association de lutte contre le VIH/Sida, et donc de lutte contre la propagation du virus, permette à l’idéologie prosélyte du barebacking de s’exprimer ouvertement sur un site dont elle a la responsabilité, site au contenu intégralement consultable (sauf les profils persos des inscrits) sur la toile par n’importe qui, sans nécessité d’être inscrit ni identifié.
Cela me semble particulièrement irresponsable. Ce qui est le plus grave, ce n’est pas tant que les barebackeurs s’expriment, après tout il n’est jamais bon de pratiquer la censure, qui ne résout rien. Non, ce qui est grave, c’est que les administrateurs rejettent tout avis remettant en cause la prise en main par les barebackeurs de Seronet, et ce dès son ouverture en juin – je m’y suis inscrit dès qu’il a été mis en ligne et j’y ai tout de suite été confronté au message prosélyte du bareback – omniprésence des barebackeurs (identifiés par l’avatar « bio-hazard » ou risque biologique, voir en haut de ce billet), sous couvert de l’étude suisse du professeur Hirschel, basée sur une cohorte de personnes hétérosexuelles vivant en couple stable, sans relations extraconjugales ni anales, et non porteur d’aucune autre IST que le VIH, étude qui affirme qu’une personne séropositive en charge virale indétectable depuis 6 mois, avec une observance rigoureuse de son traitement, n’est plus contaminante. Seulement voila, cette étude ne concerne que les hétéros et je ne vois pas comment les gays barebackers s’exprimant sur seronet peuvent la brandir pour justifier l’absence de nocivité de leurs pratiques, puisqu’ils ne sont pas hétérosexuels, ont des pratiques anales, voire même d’autres IST, ne serait-ce que l’herpès très répandu, et ne sont pas forcément à partenaire unique, et ne correspondent donc pas au profil de la cohorte d’Hirschel.
De plus, les administrateurs du site ne jouent pas correctement leur rôle de modération puisqu’ils n’apportent pas la prise de distance nécessaire à adopter vis-à-vis de l’affirmation de ces pratiques, et n’apportent aucun élément critique, ou tout au moins distancié, vis-à-vis de l’étude de Bernard Hirschel, ce qui me semble gravissime et dangereux. En effet, une personne mal informée qui, par exemple via le portail officiel de AIDES, va sur Seronet et tombe sur ces messages, va forcément mal comprendre, mal interpréter les propos qui y sont tenus, va prendre pour argent comptant l’étude suisse, et sera donc incitée à ne pas utiliser le préservatif, voire même à l’abandonner, alors que sa charge virale peut être inconnue, le test n’ayant pas forcément été fait, ou mal contrôlée dans le cas d’une séropositivité avérée.
Je me suis fait censurer et éjecter du site parce que j’exprimais un avis très critique, mettais sur mon blog des liens vers des articles critiques et distanciés par rapport à l’étude suisse.
Voici ci-dessous quelques liens éloquents, pour que chacun se fasse son idée, et je rappelle que tout est consultable sans nécessité d’inscription ou d’identification au site, ainsi que quelques liens vers des textes donnant un autre son de cloche que celui entendu sur Seronet :
(et ce n'est pas exhaustif !)
Quelques liens critiques :
Un lien vers le site d’Arcat-Santé
Un article du site Actions Traitements
Le Blog Sida de Sida Info Service
Une intervention du docteur Michel Ohayon
Un article du site Swiss-info concernant une étude australienne qui contredit l’étude suisse
18:45 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : bareback, aides, préservatif, sida, vih
15.01.2009
La guerre n’est pas finie…
Je viens de revoir pour la énième fois « Les Témoins » de Téchiné. Moi, ce film je peux le voir et le revoir et à chaque fois je lui trouve la même force. Je ne suis pas très doué pour la critique cinématographique. Ce que je veux dire surtout c’est que ce film me ramène à mon propre vécu. Quand je l’ai vu pour la première fois, je me suis trouvé mal au moment de l’apparition de la maladie dans la vie de Manu. Je me dis que ça aurait pu être moi, à 10 ans d’écart. Si à l’époque de l’apparition du Sida j’avais vécu mon homosexualité comme je l’ai vécue par la suite, je l’aurais peut-être – mais peut-être pas – choppé, cette merde de virus. Et je ne serais peut-être plus là. La vie tient à un fil, finalement, à peu de chose, et comme dit l’un des personnages du film « c’est un miracle d’être vivant » et c’est vrai.
Aujourd’hui personne ne peut dire que la guerre est finie, personne ne peut dire que tout va bien. Les trithérapies ne sont qu’un leurre, un maquillage grossier qui dissimule mal la réalité de la maladie : ce virus c’est la mort. La mort à ce que l’on était avant, insouciant et léger, quand comme dans le film c’était l’été et que la vie était belle. La mort à sa santé, à son corps qui se transforme sous l’effet des médicaments (c’est peut-être moins vrai avec les traitements les plus récents), la mort à certains projets que l’on a pu avoir, la mort à certaines choses que l’on aimait faire et que l’on ne trouve plus la force de faire. Moi, j’aime les voyages, par exemple, j’aime crapahuter à l’étranger mais je sens que je ne peux plus le faire, que je n’en ai plus la force physique, comme si j’avais 20 ou 30 ans de plus que mon âge réel, à cause non pas du sida en tant que tel, mais du VIH et des effets secondaires de mes traitements qui me minent physiquement depuis bientôt 10 ans. Et ça me fait chier, ça ! Le VIH c’est aussi souvent – et là j’ai eu de la chance car je n’ai pas vécu cela – la mort sociale, la mort de ses amitiés, de ses relations familiales, pour encore beaucoup trop de séropos. Et même s’il n’y en avait qu’un ou une pour qui ce serait ça le quotidien de la maladie, c’est un scandale inacceptable. Le VIH c’est encore l’exclusion, la discrimination, la honte, le tabou, le silence et au bout du compte, oui, la mort. Dans le film de Téchiné, le moment le plus fort c'est le moment où la soeur de Manu chante l'air de Barberine, des Noces de Figaro, quand elle se retrouve plongée dans le noir avec sa petite loupiote n'éclairant rien : elle se retrouve face à la mort, plongée dans l'obscurité, juste après l'enterrement de son frère. Pour moi, ce moment-là dit l'essentiel de cette maladie, la seule chose à retenir, au fond.
C’est pour ça que quand je vois que AIDES, l’asso emblématique de lutte contre le SIDA (avec laquelle je me suis pas mal engagé ces derniers mois dans ma ville mais avec laquelle je suis aujourd’hui en rupture) est en train de tenir un message paradoxal et ambigu mêlant prévention et relapse (abandon du préservatif remplacé par son nouveau dada, la RDR, Réduction des Risques, voir à ce sujet mon billet plus bas sur ce blog), quand je vois que son message n’est plus clair, qu’il laisse la place à toutes les interprétations faussées, sous couvert d’une étude suisse, certes sérieuse mais qui n’est qu’une étude parmi d’autres, parfois même contredite, à tous les malentendus et toutes les dérives, sur un site internet public dont elle a la responsabilité, je suis en colère. En colère parce que je me dis que AIDES n’a pas le droit de trahir ainsi les personnes séropositives, parce que le VIH TUE toujours, en Afrique surtout mais pas seulement, en Europe aussi (et quand je vois le président de AIDES recevoir de Sarkozy, qui a renié tous ses engagements en faveur de la lutte contre le sida, qui était absent à Mexico par simple débinage, qui a permis les franchises dites « médicales » qui pénalisent de nombreux malades aux revenus très faibles (l’AAH étant de 652€ mais n’exonérant pas des franchises), eh bien quand je vois que le président de AIDES accepte de recevoir de cet homme là la Légion d’Honneur, j’ai soudain envie de vomir), parce que la pathologie même sous traitement reste INCURABLE, est lourde, difficile, à tous les points de vue, eh bien oui, je me sens, en tant que malade, TRAHI par AIDES qui permet, de fait, le relâchement vis-à-vis de la seule protection dont on dispose encore en 2008, exactement comme il ya 20 ans, à savoir le PRESERVATIF, eh bien je me sens trahi, oui, et je ressens la trahison envers ceux qui ont succombé et succombent encore, qui se sont battus contre le virus quand il n’y avait pas de traitements et qui sont morts.

Certes, le message du « tout capote » n’est sans doute pas non plus le message idéal. Peut-on faire l’amour en scaphandre ? Je ne le pense pas. Mais enfin, il faut que nous restions tous et toutes en alerte et que nous essayions de vivre le mieux possible avec le préservatif – sachant que personne ne peut se prétendre parfait et sans reproche ni se faire juge des pratiques des autres – au moins pour les actes sexuels les plus contaminants, même si elle est chiante cette foutue capote, elle peut nous sauver la vie, et si moi j’avais su l’utiliser dans les années 90, si je m’étais fait dépister à temps, je ne serais peut-être pas séropo aujourd’hui, ce que je ne souhaite à personne car il faut être costaud tous les jours, à chaque minute de son existence pour tenir face à ce virus qui ronge de l’intérieur, qui phagocyte notre corps, notre esprit, notre vie quotidienne dans tous ses aspects.
Voila. Désolé ne pas tenir un discours léger, insouciant, voire un discours vantant le sexe non protégé comme c’est le cas sur Seronet – je ne doute pas que le sexe sans capote soit infiniment plus confortable et plaisant mais enfin bon, le VIH, lui, n’attend que ça pour contaminer la chaire fraiche et insouciante – désolé d’être grave et solennel, mais la guerre n’est pas finie et elle est loin d’être gagnée.
22:38 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : vih, séropo, sida, bareback, aides, sarkozy, spire


