31.03.2008

La grande hypocrisie de la hiérarchie catholique

713780594.jpgSi je m’exprime sur le sujet, c’est que j’ai de bonnes raisons pour le faire : étant passé durant quelques années, de l'âge de 19 à 25 ans, par une phase d’engagement religieux assez poussé, puisque cela m’a conduit à suivre la première année de formation du petit séminaire, en 1989/90, j’ai vécu de l’intérieur le rapport entretenu entre l’Eglise et l’homosexualité puis, ultérieurement et a posteriori, la séropositivité.

Cet engagement était sincère, profond et je ne regrette pas cette expérience qui m’a enrichi humainement, culturellement et spirituellement. J’en ai gardé depuis un certain attachement aux valeurs spirituelles, mais dans un sens un peu différent : la spiritualité ne se limite pas, et c’est heureux, au sentiment religieux, ce en quoi je suis en complète opposition avec les propos de not’président Sarkozy sur la nécessité de redonner à la religion la primauté dans l’ordre des choses spirituelles. Il n’est point besoin d’être religieux pour être spirituel. Je suis passé à une étape ultérieure et je ne m’en porte que mieux finalement. Autre émancipation !

Le fait d’être catho et homo m’a toujours posé un très gros problème : j’étais écartelé entre ma foi chrétienne et mes désirs et sentiments profonds que ladite foi venait contredire, confortée en cela par la position de la hiérarchie de l’Eglise catholique. J’ai donc vécu dans une abstinence quasi-totale pendant ces années là, compensée par une pratique solitaire mais fort saine dans ce cas de figure et qui m’a probablement aidé à ne pas péter les plombs. Me réfugier dans la foi était pour moi, sans doute, une façon de refuser de me regarder en face, d'accepter cette part de moi-même qui m'encombrait et que je croyais pouvoir fuir. Mais comment ne pas aussi constater l'hypocrisie de la part de l'Eglise lorsqu'elle ose affirmer que ce ne sont pas les homosexuels qu'elle rejette, mais l'homosexualité : comment peut-on dire que l'on accepte l'autre dans ce qu'il est si on refuse de reconnaître sa part la plus intime, ses désirs les plus intenses et ses amours les plus profonds ?

C’est au séminaire que le conflit a éclaté au grand jour en moi et dans mes rapports avec les autorités de la maison, que l’abcès a enfin été percé. J’étais perçu comme une personne ayant un problème psychologique qu’il fallait soigner psychiatriquement. Ayant une forte personnalité et l’habitude de ne pas laisser les autres me dicter ma conduite, le clash était inévitable. L’année s’est mal passée, je suis entré en conflit avec les prêtres de l’équipe qui nous encadrait, et j’ai fini par claquer la porte et depuis je ne le regrette pas : qu’aurais-je été faire dans cette galère ? Je n’y aurais été ni heureux, ni épanoui ! Comment prétendre alors aider les autres à s’épanouir sur les chemins du Seigneur ? Belle hypocrisie ! Je ne me suis plus vu dans ce rôle-là. Et quand on sait comment certains psys officiels de l’Eglise catholique se comportent, comme Tony Anatrella par exemple, impliqué dans une sombre affaire de masturbation de séminaristes, je me dis que ma décision était, c’est certain, la plus sage, la plus raisonnable et la plus saine que je puisse prendre… Pourtant, ce ne sont pas les homosexuels qui manquent dans les séminaires et dans le clergé… Où du moins qui manquaient, puisqu’il semble que l’Eglise de Benoit XVI, autrement connu sous le nom de Joseph Ratzinger, ait entrepris depuis de purger les séminaires de leurs homosexuels, ce qui, au bout du compte, évitera à bon nombre de jeunes gens de se fourvoyer dans une voie qui, à mon humble avis, ne mène qu’à la frustration et au non-épanouissement. Et si tous les homos qui en font partie quittaient le clergé, il ne resterait pas grand-monde, j’exagère à peine…

Bref, vaste hypocrisie que ce refus de l’homosexualité de la part d’une Eglise qui prétend être « experte en humanité » mais qui, sur les questions sexuelles tient des discours aberrants. Comment en effet peut-on croire que le sexe ne sert qu’à procréer, et pas avant toute autre chose à donner, se donner et recevoir du PLAISIR ? Ah ce mot ! Qu’a-t-il donc de si effrayant, alors qu’il se réfère à ce que Dieu lui-même, dans Son infinie sagesse, et surtout s’Il existe, a placé dans l’ordre naturel des choses… Donc, le sexe ne coïncide pas nécessairement avec procréation. Tout comme il ne coïncide pas plus de façon obligatoire avec amour, puisqu’il peut fort bien, et c’est heureux, y avoir amour sans sexe, et sexe sans amour : pourquoi dis-je que c'est heureux ? Parce que l'être humain a des pulsions naturelles qui ne sont pas malsaines quand elles sont vécues librement, de façon consentie, entre adultes consentants. Même sans amour le sexe peut être, oui, beau, noble, sain et épanouissant. Le sexe est ce que l'on en fait. Notre experte en humanité se trouve donc plutôt à côté de ses pompes. Depuis que j’ai compris cela, je ne m’en porte que beaucoup mieux, et si j'ai attrapé le virus du Sida par voie sexuelle, je considère cela non pas comme une punition mais comme un accident de la vie.

Malheureusement, cette façon de voir les choses a une conséquence dramatique directe : l’interdiction du préservatif dans le discours officiel vaticaneux. Fort heureusement il y va de l’Eglise comme des partis politiques, la base vaut beaucoup mieux que le sommet de la pyramide et tient, elle, un autre discours, bien plus sensé et raisonnable. Mais chut ! Elle ne doit pas le dire trop fort sinon : pan sur les doigts ! le pire est que l’Eglise Catholique, mais aussi certaines autres Eglises, protestantes celles-là – sans oublier l’Islam et le Judaïsme – préfèrent voir l’épidémie de VIH/Sida continuer ses ravages, en particulier en Afrique, que de faire la promotion du préservatif pendant l’homélie de la messe de 11h du dimanche, ce qui devrait être pour elle, la Grande Donneuse de Leçons, un devoir moral prioritaire…

Comme j’ai eu raison de ne pas rester sur cette voie qui était devenue pour moi impraticable, puisque j’étais considéré comme un déviant, et qui ne m’aurait conduit qu’à être malheureux. Rien de pire qu’un prêtre malheureux qui vit dans l’hypocrisie et le mensonge, cherchant sous le manteau – ou plutôt sous la soutane – les plaisirs interdits qu’il va chercher dans les pissotières des aires de repos des autoroutes… Ou qui, beaucoup moins sordide mais guère plus enviable, vit une histoire d’amour secrète avec un homme, alors que tous ses paroissiens le savent mais font silence, le laissant vivre dans le non-dit ce qu’il brûle de proclamer haut et fort.

Merci bien, mais ce n’était décidément pas pour moi et non, rien de rien, non, je ne regrette rien.

30.03.2008

Ce que je suis

364947633.JPGJe n’irai pas jusqu’à dire que je suis fier d’être séropositif, mais en tout cas, je n’en ai pas honte. Cela peut paraitre étrange, peut-être, mais j’éprouve régulièrement le besoin de revendiquer cette part de moi-même, qui fait partie intégrante de mon identité désormais. Non pas que je m’identifie au virus, mais comme c’est un compagnon tenace, qui m’accompagne partout et se rappelle à moi en permanence, autant l’attraper à bras le corps. Et le regarder en face. C’est un peu, « je te tiens, tu me tiens par la barbichette »… C’est à qui sera le plus fort. C’est une sorte de bras de fer entre lui et moi. Parfois il a le dessus dans ma tête, mais parfois c’est moi.

J’éprouve le besoin de me revendiquer ouvertement comme homosexuel et séropositif, d’où ce blog : c’est une façon de faire la nique aux préjugés et aux idées reçues. Comme homosexuel, je m’assume ouvertement depuis un certain temps, dirons-nous, et la société a beaucoup évolué depuis mon adolescence. Dans les années 70/80, on ne s’assumait pas encore en tant qu’homo comme on peut le faire aujourd’hui. Quoiqu’il existe encore des personnes qui ont peur d’assumer cette part d’elles-mêmes, qu’elles soient bi ou homos. Je pense en connaître parmi mes amis ou anciens amis. Chacun évolue à son rythme, à sa façon, avec son éducation et son histoire. Personnellement, après avoir refusé de m’assumer en tant qu’homo pendant des années, jusqu’à l’âge de 25 ans quasiment, j’ai décidé de prendre à bras le corps cette vérité qui était en moi depuis avant mon adolescence – suis-je né homo ? Je n’en sais rien ! Comme ça, spontanément, j’aurais tendance à dire que oui, mais en fait, je n’en sais rien et peu importe ; je n’ai pas choisi de l’être, mais j’ai d’abord choisi de ne pas l’assumer ni de le vivre pleinement, pour ensuite me rendre compte que cette vérité serait toujours plus forte que moi et qu’il était vain, et destructeur, de la nier. J’ai donc décidé de lui dire oui, et de me vivre pleinement comme homosexuel : d’où le passage brutal mais salvateur à une sexualité assez… débordante. Mais libératrice, émancipatrice. Je pense que mon orientation sexuelle, sans résumer tous les aspects de ma personnalité, joue pour une grande part dans ma façon d’être avec les autres, dans mes choix de vie, dans mes goûts et ma sensibilité en général. Si je n’étais pas homo, je ne pense pas que je serais le même. J'aurais eu un autre parcours de vie. Je serais une autre personne.

M’assumer comme homo devant mes proches ne s’est cependant pas fait tout seul. Il a fallu que je rencontre mon compagnon pour le faire. Ce fut un peu difficile pour ma famille au début, je pense, mais peu à peu ils ont accepté : j’étais heureux avec ce garçon que j’avais rencontré, là-bas, de l’autre côté de l’Atlantique, et c’était ce qui comptait pour eux. Et puis est arrivé cet autre compagnon insidieux qui me colle désormais à la peau, aux tripes, à l’esprit et au corps. Et grâce à lui, ma famille et nous, nous nous sommes considérablement rapprochés. Ce qui, malheureusement, est loin d’être le cas pour tous les séropos. Il est encore fréquent que l’on soit exclu par ses proches lorsque l’on annonce sa séropositivité. J’ai de la chance, d’une certaine façon, d’avoir une famille merveilleuse. Et des amis qui le sont tout autant car je n’ai jamais ressenti d’exclusion de leur part, sauf de l’un d’entre eux, mais je pense comprendre ses raisons, sans en être sûr… Si tu me lis, toi dont je parle ici et qui te reconnaitras, sache que je t’accorde le bénéfice du doute et j’espère qu’un jour, nous pourrons en parler ouvertement. Que tu m’accepteras pleinement comme je suis, avec ce que je suis, avec cela aussi.

Le fait d’avoir dû conquérir mon émancipation de gay à la force du poignet m’aide beaucoup, je pense, à m’assumer ouvertement comme séropositif, sans pour autant le crier sur les toits. Mais j’ai pu en parler autour de moi : cependant, on n’annonce pas sa séropositivité facilement, même avec ses meilleurs amis. Ce n’est pas un sujet que l’on met sur la table entre la poire et le fromage. Il faut trouver le bon moyen, le bon moment, ce n’est pas simple. Mais au bout du compte quand on s’aperçoit que ça passe, eh bien on pousse un ouf de soulagement. C’est quelque chose de trop lourd à porter seul. Personnellement, je me sens libre de le dire à qui je veux, comme je veux, quand je veux. Quelles qu’en soient les conséquences. J’ai même pu en parler à certaines personnes dans mon boulot. Mais dans le travail, je serai toujours plus prudent et me garderai de le dire à n’importe qui. Je ne souhaite pas que des personnes mal intentionnées se servent de ma séropositivité comme d’une arme contre moi. Quoiqu’ils en seraient peut-être pour leurs frais car ils ne me déstabiliseront pas. Et au final, c’est peut-être contre eux que ça pourrait se retourner.

Il reste cependant difficile d’assumer ouvertement sa séropositivité en société, comme il était difficile de le faire de son homosexualité autrefois. D’une certaine façon, je revis là le combat que j’ai déjà vécu, mais je suis plus fort, plus serein, plus confiant. Je suis encouragé à le faire, en particulier par ce blog, par les réactions très positives de ma famille et de mon entourage.

Aujourd’hui je n’ai pas envie d’être autre chose que ce que je suis. Je ne renie rien de mon histoire, qui m’a fait tel que je suis.

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