04.05.2009
Le FMI met en danger les malades dans les pays pauvres
Le parti socialiste français doit exclure Dominique Strauss-Kahn
publié en ligne : 30 avril 2009
Directeur du Fonds Monétaire International, Dominique Strauss-Kahn, membre du parti socialiste, présidentiable, mène une politique de démantèlement des systèmes de santé dans les pays pauvres qui aggrave la situation des personnes vivant avec une pathologie grave, et les met en danger de mort. Comment le PS, Martine Aubry et Ségolène Royal, peuvent-elles accepter qu’un membre de leur parti sacrifie à la défense des banques et des pays riches la santé et la vie des plus vulnérables ?
Les dégâts causés par le FMI sur la santé publique
Parce qu’elle a reçu le « soutien » du Fonds Monétaire International (FMI), la Lettonie se voit contrainte de baisser ses budgets en matière de santé et d’éducation de 40 %. Conséquences : une personne vivant avec le VIH dans ce pays va devoir payer trois fois plus pour sa prise en charge. Avec 1% de personnes séropositives et une dynamique de l’épidémie liée principalement à l’injection de drogues, qui concerne une population très précaire, l’aide du FMI signifie, ni plus ni moins, la fin de la prise en charge pour une bonne partie des séropositifVEs en Lettonie.
Ce n’est qu’un des exemples des dégâts causés par le FMI. En matière de démantèlement des systèmes de santé, les responsabilités de l’institution que dirige Dominique Strauss-Kahn ont été largement documentées. Ce sont les conditions imposées par le FMI aux pays d’Afrique qui les empêchent par exemple de tenir l’engagement d’Abuja de consacrer 15 % des budgets publics à la santé – ce qui aggrave encore et toujours la pénurie en professionnelLEs de santé, entre autres .
Dominique Strauss-Kahn, responsable et coupable
On aurait pu croire que la nomination d’un socialiste français à la tête du FMI changerait les choses. Il n’en est rien. Au contraire, interpellé à deux fois, d’abord par une vingtaine d’associations de lutte contre le sida, de France, d’Afrique ou d’Asie , puis par un collectif de 163 ONG de lutte contre le sida, Dominique Strauss-Kahn se satisfait de la situation et nie sa responsabilité en matière de démantèlement des services publics de santé . Sa réponse aux ONG est une insulte à leur travail et à leur connaissance du terrain, autant qu’un modèle d’auto-satisfaction et de déni de ses choix politiques.
Le PS perd toute crédibilité en cautionnant Dominique Strauss-Kahn
Comment le PS espère-t-il jouer un rôle efficace dans le maintien d’un système de santé public de qualité s’il accepte qu’un de ses membres, qui a été présidentiable, démantèle les services de prévention, de dépistage et de soins des pays les plus pauvres et aggrave, au nom de logiques purement budgétaires, la situation des malades, notamment en Afrique ? Pourquoi Ségolène Royal, qui ne cesse de s’excuser au nom de la France, est incapable de s’excuser au nom du PS des dégâts qu’un de ses membres cause aux malades des pays les plus pauvres ? Comment Martine Aubry entend-elle mener une opposition efficace aux réformes conduites par Nicolas Sarkozy si le parti qu’elle représente n’est qu’une pépinière à responsables, toujours avides de sauver les banques aux détriments des plus vulnérables ? Les candidatEs socialistes aux européennes n’ont–ils/elles pas conscience que leurs chances d’être éluEs ou rééluEs diminuent d’autant que leur parti sera associé aux pratiques telles que celles défendues par Dominique Strauss-Kahn à la tête du FMI ?
Act Up-Paris exige que le PS exclue Dominique Strauss-Kahn. Nous ne comprenons pas l’absence de réaction publique des dignitaires socialistes à l’égard de la politique meurtrière menée par un des leurs au FMI.
15:47 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : dsk, sida, vih, séropositifs, fmi
30.04.2009
Pour le Pr Willy Rozenbaum, le traitement doit devenir une nouvelle arme dans la prévention du VIH
C'est une nouvelle page qui s'ouvre dans l'histoire de l'épidémie. Ce jeudi matin, le Conseil national du sida (CNS) présente un avis et formule des recommandations sur "l'intérêt du traitement comme outil novateur de la lutte contre l'épidémie d'infections à VIH".
Le traitement doit-il devenir un outil de prévention contre le VIH? Faut-il proposer un traitement précoce aux séropositifs dans le but de diminuer les risques de transmission? Faut-il dépister plus pour traiter plus? À ces trois questions, le Pr Willy Rozenbaum, président du CNS, répond par l'affirmative. Traitement et prévention classique deviennent complémentaires avec pour objectif de diminuer le nombre de transmissions. Dans l'interview-vidéo qu'il a accordée à Yagg (voir ci-dessus), Willy Rozenbaum explique pourquoi il faut modifier radicalement l'image des traitements, insiste sur les freins au dépistage dans la communauté gay et sur la nécessité – pour les associations homosexuelles – de faire du VIH une priorité.
Nous savons depuis plusieurs années que la diminution de la charge virale sous traitement réduit aussi le risque de transmission. Au niveau collectif, traiter au moins 50% des personnes infectées permettrait, selon de nombreuses études, de diminuer le nombre de nouvelles contaminations. Seulement voilà, en France, d'après une estimation, seulement 46% des personnes infectées suivent un traitement, les autres, pour la plupart, ne connaissent pas leur statut. Aux pouvoirs publics, le CNS recommande donc "de renforcer l’offre de dépistage et d’améliorer la continuité entre le dépistage et la prise en charge afin d’augmenter le nombre de personnes dépistées et traitées".
Sur un plan individuel aussi, le traitement, efficace, bien pris, induit une réduction de la transmission. Mais sur cet aspect, l'avis du CNS reste mesuré, car le risque résiduel de transmission existe. Les membres du Conseil ne vont pas, comme les autorités suisses, jusqu'à expliquer que les couples sérodiscordants peuvent abandonner le préservatif, à condition que le partenaire séropositif ait un traitement efficace. Pour Willy Rozenbaum, il est cependant indispensable d'informer les séropositifs et leurs partenaires de l'existence de cette nouvelle donne et de redéfinir la complémentarité des outils de prévention: oui la capote protège du VIH, mais le traitement aussi. Il serait inefficace de les opposer.
Bien entendu, cette stratégie fait porter sur le séropositif une nouvelle responsabilité, comme le souligne l'avis du CNS: "Avec le traitement, en revanche, apparaît un moyen, médicalisé et non comportemental, dissocié de l’acte sexuel, de rendre les personnes porteuses du virus très peu contaminantes. La maîtrise de ce moyen n’est plus également partagée par les partenaires, elle relève du seul partenaire infecté, qui porte alors entièrement, si aucune autre technique de protection n’est utilisée, la responsabilité de réduire le risque pour l’autre. […] La promotion de l’intérêt du traitement pour réduire le risque de transmission devra donc s’accompagner d’un message clair de prudence. L’outil que constitue le traitement ne remplace pas l’usage du préservatif, qui demeure, à condition d’être correctement utilisé, un moyen fiable par lequel chacun peut garder, indépendamment de la connaissance du statut sérologique du partenaire, la maîtrise de la protection de soi comme d’autrui lors d’une relation sexuelle".
Le CNS recommande enfin aux médecins que "face à des personnes infectées par le VIH et en difficulté de prévention, mais qui ne nécessitent pas de traitement pour elles-mêmes au regard des recommandations actuelles, d’aborder avec ces patients l’éventualité d’initier un traitement afin de réduire les risques de transmission. En tout état de cause, la prescription d’un traitement pour son effet préventif devra répondre à une demande exprimée par le patient." L'avis du CNS, très attendu par les associations, devrait provoquer de nombreuses réactions. Sera-t-il suivi d'effets? Il est permis de l'espérer.
Christophe Martet lu sur Yagg
12:16 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : vih, traitements, prévention, préservatif, risque, contamination
18.04.2009
Refus de don de sang : Un homosexuel porte plainte
16:17 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : don, sang, homosexuel, vih, discriminations
04.04.2009
Vive la capote !
Il est souvent reproché aux partisans de la capote, depuis quelques années, d'avoir une approche moralisatrice de la séropositivité et des modes de prévention, suite aux affaires médiatisées autour du bareback et suite à l'apparition des trithérapies.
Concernant ces dernières, je voudrais quand même insister sur le fait que, même si elles nous évitent la mort physique, les trithérapies ne sont absolument pas une "solution" : d'abord parce que quand on doit les prendre il est déjà trop tard ; ensuite parce qu'elles restent lourdes, contraignantes et le plus souvent définitives, et que les effets secondaires sont souvent très pénibles à vivre au quotidien, voire carrément handicapants. Ce n'est pas une sinécure ! La séropositivité provoque une rupture dans l'existence de la personne et on meurt à beaucoup de choses : à sa santé d'avant, à son apparence physique (en cas de lipoatrophie suite à un traitement, et rien ne dit que les molécules récentes en provoquent vraiment moins, je soupçonne d'ailleurs un médicament que je prends depuis 2005 d'avoir amplifié mes lipoatrophies aux jambes alors qu'il était censé les réduire !), souvent aussi encore, hélas, à son travail, à sa famille, à ses amis. Un séropo sur deux est au chômage en 2009. Et souvent encore, on perd ses amis, sa famille. Alors le VIH reste et demeure un virus de mort même si on a la chance de ne pas en mourir physiquement grâce aux traitements.
D'autre part, il y a les questions de responsabilité qui, qu'on le veuille ou non, sont liées à la séropositivité, et cette responsabilité elle est à la charge de tout le monde, des séropos comme des séronegs. Dans une contamination, il y a bel et bien une co-responsabilité, même si l'on sent bien que les séronegs veulent souvent s'en laver les mains pour la reporter uniquement sur les séropos mais ça ne marche pas comme ça. Chacun a le devoir de protéger l'autre et de se protéger, car pour protéger l'autre il faut impérativement se protéger soi-même afin de ne pas devenir un séropo qui s'ignore. Je me rends compte que dans mon parcours personnel je n'ai pas su me montrer assez responsable et je suis devenu séropo. Je m'en mords les doigts aujourd'hui mais c'est trop tard ! Au minimum, on s'interdit à soi-même, quel que soit son statut sérologique, d'avoir des rapports non protégés pour les actes de pénétration, qui restent extrêmement contaminants, quand la question du VIH n'a pas été abordée entre les deux partenaires.
Pour ce qui est des campagnes de prévention autour de la capote, ce n'est pas parce qu'elles se sont montrées inefficaces qu'il faut les abandonner et brouiller le message. La capote est plus que jamais nécessaire car la pathologie reste incurable et mortelle (on ne sait jamais avant de prendre une trithérapie si on sera résistant ou non, 8% de malades sous traitements sont en échec thérapeutique, et 8% ce n'est pas négligeable) la capote reste donc le seul bouclier contre le VIH, même si un accident peut toujours se produire évidemment. Je pense qu'il faut revoir les campagnes de prévention autour du préservatif afin d'en faire non seulement un outil de protection mais aussi un élément à part entière du jeu sexuel entre les deux partenaires, mais pour ça il faudra impérativement sortir des tabous sociaux qui pèsent toujours sur les représentations sexuelles. Mettre et se faire mettre une capote, ça peut être très excitant ! En plus c'est un vrai acte d'amour et de respect de l'autre. Je pense qu'il faut donc continuer à valoriser les rapports protégés dans les messages de prévention, mais en ne se contentant pas de dire qu'il faut porter le préservatif, il faut aussi expliquer pourquoi dans le détail (en exposant ce qu'est réellement la séropositivité au quotidien, sans en faire trop mais sans éluder les réalités qui dérangent) et en faire un objet ludique afin de le dédramatiser car la peur n'est jamais bonne conseillère (je crois d'ailleurs que les campagnes s'appuyant sur la peur du sida sont contreproductives car le comportement humain le plus naturel c'est de se détourner de se dont on a peur au lieu de le regarder en face et de se responsabiliser) et afin d'aider ceux et celles qui ont du mal à rester fidèle à la capote à la réinvestir car contre le VIH/sida, on n'a qu'elle, que ça plaise ou non. Il est bien plus difficile encore d'être chaste et abstinent sur le long terme que de porter un préservatif. Est-ce moralisateur que de dire cela ? Je ne sais pas. De toute façon, on a tous une morale, simplement elle varie d'un individu à l'autre, d'une culture à l'autre, d'une époque à l'autre. Je pense que ce qui devrait unir et rendre solidaire tout le monde, homos et hétéros, jeunes et vieux, riches et pauvres, Blancs et Noirs, c'est le souci de faire barrage à la propagation du virus, qui est notre ennemi commun, et quel meilleur outil pour cela que la capote ???
12:10 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : capote, préservatif, prévention, sida, vih
27.03.2009
Habemus cretinum papam et stupidum obispum... Amen !

18:57 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : pape, benoit xvi, capote, évêque, vih, sida
20.01.2009
Il faut que cela se sache !

Aides, par l’intermédiaire du site Seronet, site destiné aux personnes séropositives, et soi-disant solidaire, qu’elle parraine officiellement, permet aux tenants du barebacking (pratiques sexuelles non protégées, et revendiquées comme telle, et surtout la sodomie, impliquant au moins une personne séropositive) qui s'y expriment d’avoir pignon sur rue et d’afficher sans complexes leurs pratiques, sans jamais recadrer leurs prises de position.
Ce qui me gêne surtout en l’occurrence ce n’est pas tant que des personnes aient des pratiques de pénétration anale non protégées revendiquées, bien que cela m’inquiète et m’interroge fortement surtout si elles sont séropositives, mais que AIDES, association de lutte contre le VIH/Sida, et donc de lutte contre la propagation du virus, permette à l’idéologie prosélyte du barebacking de s’exprimer ouvertement sur un site dont elle a la responsabilité, site au contenu intégralement consultable (sauf les profils persos des inscrits) sur la toile par n’importe qui, sans nécessité d’être inscrit ni identifié.
Cela me semble particulièrement irresponsable. Ce qui est le plus grave, ce n’est pas tant que les barebackeurs s’expriment, après tout il n’est jamais bon de pratiquer la censure, qui ne résout rien. Non, ce qui est grave, c’est que les administrateurs rejettent tout avis remettant en cause la prise en main par les barebackeurs de Seronet, et ce dès son ouverture en juin – je m’y suis inscrit dès qu’il a été mis en ligne et j’y ai tout de suite été confronté au message prosélyte du bareback – omniprésence des barebackeurs (identifiés par l’avatar « bio-hazard » ou risque biologique, voir en haut de ce billet), sous couvert de l’étude suisse du professeur Hirschel, basée sur une cohorte de personnes hétérosexuelles vivant en couple stable, sans relations extraconjugales ni anales, et non porteur d’aucune autre IST que le VIH, étude qui affirme qu’une personne séropositive en charge virale indétectable depuis 6 mois, avec une observance rigoureuse de son traitement, n’est plus contaminante. Seulement voila, cette étude ne concerne que les hétéros et je ne vois pas comment les gays barebackers s’exprimant sur seronet peuvent la brandir pour justifier l’absence de nocivité de leurs pratiques, puisqu’ils ne sont pas hétérosexuels, ont des pratiques anales, voire même d’autres IST, ne serait-ce que l’herpès très répandu, et ne sont pas forcément à partenaire unique, et ne correspondent donc pas au profil de la cohorte d’Hirschel.
De plus, les administrateurs du site ne jouent pas correctement leur rôle de modération puisqu’ils n’apportent pas la prise de distance nécessaire à adopter vis-à-vis de l’affirmation de ces pratiques, et n’apportent aucun élément critique, ou tout au moins distancié, vis-à-vis de l’étude de Bernard Hirschel, ce qui me semble gravissime et dangereux. En effet, une personne mal informée qui, par exemple via le portail officiel de AIDES, va sur Seronet et tombe sur ces messages, va forcément mal comprendre, mal interpréter les propos qui y sont tenus, va prendre pour argent comptant l’étude suisse, et sera donc incitée à ne pas utiliser le préservatif, voire même à l’abandonner, alors que sa charge virale peut être inconnue, le test n’ayant pas forcément été fait, ou mal contrôlée dans le cas d’une séropositivité avérée.
Je me suis fait censurer et éjecter du site parce que j’exprimais un avis très critique, mettais sur mon blog des liens vers des articles critiques et distanciés par rapport à l’étude suisse.
Voici ci-dessous quelques liens éloquents, pour que chacun se fasse son idée, et je rappelle que tout est consultable sans nécessité d’inscription ou d’identification au site, ainsi que quelques liens vers des textes donnant un autre son de cloche que celui entendu sur Seronet :
(et ce n'est pas exhaustif !)
Quelques liens critiques :
Un lien vers le site d’Arcat-Santé
Un article du site Actions Traitements
Le Blog Sida de Sida Info Service
Une intervention du docteur Michel Ohayon
Un article du site Swiss-info concernant une étude australienne qui contredit l’étude suisse
18:45 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : bareback, aides, préservatif, sida, vih
15.01.2009
La guerre n’est pas finie…
Je viens de revoir pour la énième fois « Les Témoins » de Téchiné. Moi, ce film je peux le voir et le revoir et à chaque fois je lui trouve la même force. Je ne suis pas très doué pour la critique cinématographique. Ce que je veux dire surtout c’est que ce film me ramène à mon propre vécu. Quand je l’ai vu pour la première fois, je me suis trouvé mal au moment de l’apparition de la maladie dans la vie de Manu. Je me dis que ça aurait pu être moi, à 10 ans d’écart. Si à l’époque de l’apparition du Sida j’avais vécu mon homosexualité comme je l’ai vécue par la suite, je l’aurais peut-être – mais peut-être pas – choppé, cette merde de virus. Et je ne serais peut-être plus là. La vie tient à un fil, finalement, à peu de chose, et comme dit l’un des personnages du film « c’est un miracle d’être vivant » et c’est vrai.
Aujourd’hui personne ne peut dire que la guerre est finie, personne ne peut dire que tout va bien. Les trithérapies ne sont qu’un leurre, un maquillage grossier qui dissimule mal la réalité de la maladie : ce virus c’est la mort. La mort à ce que l’on était avant, insouciant et léger, quand comme dans le film c’était l’été et que la vie était belle. La mort à sa santé, à son corps qui se transforme sous l’effet des médicaments (c’est peut-être moins vrai avec les traitements les plus récents), la mort à certains projets que l’on a pu avoir, la mort à certaines choses que l’on aimait faire et que l’on ne trouve plus la force de faire. Moi, j’aime les voyages, par exemple, j’aime crapahuter à l’étranger mais je sens que je ne peux plus le faire, que je n’en ai plus la force physique, comme si j’avais 20 ou 30 ans de plus que mon âge réel, à cause non pas du sida en tant que tel, mais du VIH et des effets secondaires de mes traitements qui me minent physiquement depuis bientôt 10 ans. Et ça me fait chier, ça ! Le VIH c’est aussi souvent – et là j’ai eu de la chance car je n’ai pas vécu cela – la mort sociale, la mort de ses amitiés, de ses relations familiales, pour encore beaucoup trop de séropos. Et même s’il n’y en avait qu’un ou une pour qui ce serait ça le quotidien de la maladie, c’est un scandale inacceptable. Le VIH c’est encore l’exclusion, la discrimination, la honte, le tabou, le silence et au bout du compte, oui, la mort. Dans le film de Téchiné, le moment le plus fort c'est le moment où la soeur de Manu chante l'air de Barberine, des Noces de Figaro, quand elle se retrouve plongée dans le noir avec sa petite loupiote n'éclairant rien : elle se retrouve face à la mort, plongée dans l'obscurité, juste après l'enterrement de son frère. Pour moi, ce moment-là dit l'essentiel de cette maladie, la seule chose à retenir, au fond.
C’est pour ça que quand je vois que AIDES, l’asso emblématique de lutte contre le SIDA (avec laquelle je me suis pas mal engagé ces derniers mois dans ma ville mais avec laquelle je suis aujourd’hui en rupture) est en train de tenir un message paradoxal et ambigu mêlant prévention et relapse (abandon du préservatif remplacé par son nouveau dada, la RDR, Réduction des Risques, voir à ce sujet mon billet plus bas sur ce blog), quand je vois que son message n’est plus clair, qu’il laisse la place à toutes les interprétations faussées, sous couvert d’une étude suisse, certes sérieuse mais qui n’est qu’une étude parmi d’autres, parfois même contredite, à tous les malentendus et toutes les dérives, sur un site internet public dont elle a la responsabilité, je suis en colère. En colère parce que je me dis que AIDES n’a pas le droit de trahir ainsi les personnes séropositives, parce que le VIH TUE toujours, en Afrique surtout mais pas seulement, en Europe aussi (et quand je vois le président de AIDES recevoir de Sarkozy, qui a renié tous ses engagements en faveur de la lutte contre le sida, qui était absent à Mexico par simple débinage, qui a permis les franchises dites « médicales » qui pénalisent de nombreux malades aux revenus très faibles (l’AAH étant de 652€ mais n’exonérant pas des franchises), eh bien quand je vois que le président de AIDES accepte de recevoir de cet homme là la Légion d’Honneur, j’ai soudain envie de vomir), parce que la pathologie même sous traitement reste INCURABLE, est lourde, difficile, à tous les points de vue, eh bien oui, je me sens, en tant que malade, TRAHI par AIDES qui permet, de fait, le relâchement vis-à-vis de la seule protection dont on dispose encore en 2008, exactement comme il ya 20 ans, à savoir le PRESERVATIF, eh bien je me sens trahi, oui, et je ressens la trahison envers ceux qui ont succombé et succombent encore, qui se sont battus contre le virus quand il n’y avait pas de traitements et qui sont morts.

Certes, le message du « tout capote » n’est sans doute pas non plus le message idéal. Peut-on faire l’amour en scaphandre ? Je ne le pense pas. Mais enfin, il faut que nous restions tous et toutes en alerte et que nous essayions de vivre le mieux possible avec le préservatif – sachant que personne ne peut se prétendre parfait et sans reproche ni se faire juge des pratiques des autres – au moins pour les actes sexuels les plus contaminants, même si elle est chiante cette foutue capote, elle peut nous sauver la vie, et si moi j’avais su l’utiliser dans les années 90, si je m’étais fait dépister à temps, je ne serais peut-être pas séropo aujourd’hui, ce que je ne souhaite à personne car il faut être costaud tous les jours, à chaque minute de son existence pour tenir face à ce virus qui ronge de l’intérieur, qui phagocyte notre corps, notre esprit, notre vie quotidienne dans tous ses aspects.
Voila. Désolé ne pas tenir un discours léger, insouciant, voire un discours vantant le sexe non protégé comme c’est le cas sur Seronet – je ne doute pas que le sexe sans capote soit infiniment plus confortable et plaisant mais enfin bon, le VIH, lui, n’attend que ça pour contaminer la chaire fraiche et insouciante – désolé d’être grave et solennel, mais la guerre n’est pas finie et elle est loin d’être gagnée.
22:38 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : vih, séropo, sida, bareback, aides, sarkozy, spire


